Page 42 - Fantasia N°1 - Décembre 2016
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La prétendue démocratisation des mets de choix (foie gras, saumon, huîtres...), a généré un besoin qui reste pourtant inatteignable, pour bien des familles. La prime de Noël des «béné ciaires» du RSA tournera autour de 150 euros cette année... Tripette ! Alors, ce sera soit le foie gras, soit la facture de gaz. Le sapin ou les impôts locaux. Sur fond de crise économique et sociale, le Noël idéal se mue en blessure.
Noël est si plein d’enjeux véritablement psychologiques, qu’il est également associé à de profondes déprimes, et même des à pics de suicides notables. Solitude, trop grand écart avec la joie supposée de la période, ainsi que cruauté de la vie concrète, Noël exacerbe et cristallise les peines accumulées une année durant. Il devient charge d’âme...
Et, comme il coïncide avec la n de l’année civile, il est aussi l’heure du bilan, bientôt celle de changer d’année et, concrètement, de prendre acte du temps qui s’écoule. Tic-tac, tic-tac...
Si la nostalgie est inévitable, car elle cherche inexorablement à reproduire des souvenirs ou des idéaux de cinéma, ré-inventer Noël est probablement la plus belle des solutions.
Mais... Et, si perpétuer cette tradition se révélait être un véritable acte de résistance contre la morosité d’une société désabusée et amère ? Si, sans nier les contraintes déjà évoquées, accrocher une guirlande lumineuse à sa fenêtre, se transformait en un acte qui vise à (ré)enchanter le monde, le sien, et celui du voisin d’en face...
NOËL JOYEUX MALGRÉ TOUT
Au fond, il n’est pas indispensable de suivre le mouvement, ce courant qui va nous frustrer car nous ne pourrons pas suivre. Fêter à contre courant, peut-être source de bonheurs inédits, de petites joies grandes, et de plaisirs intensément partagés avec l’inconnu. Tout bénéf’...
SARDINES À L’HUILE
Et pourquoi pas un réveillon avec une boîte de sardines, du pain aux céréales et une paire de mangues ? Mais oui, la parole clé, la seule philosophique qui tienne en cette période opulente, d’excès, c’est cette question : « Et si je n’avais pas besoin de ce qui me manque ? ».. Ré échissons à cela, et tout va tout de suite beaucoup mieux, nous sous sentons légers, sans rancœur ni regret, le cœur aérien, le
PSYCHO
corps assagi, dépouillé ; sur la voie de la sagesse. L’essentiel peut se xer ailleurs, à Noël.Vous pouvez décider de négliger la table, de boire des jus de bons fruits pressés ou shakés, et de consacrer votre temps, avec ceux qui adhèrent à votre « pas de côté » radical, à rire, jouer, danser, discuter, refaire le monde, et à rhabiller le Père Noël en rose bonbon avec un pompon fuschia ! Et té !..
PÂQUES SURRÉALISTES
Pour les plus farfelus d’entre nous, Fantasia (comme son nom l’indique), propose de décaler le calendrier. Voilà:cetteannée,chersamis,Noëlaura lieuenavril,grossomodo,etencette ndu mois de décembre, Pâques, remplaçant de dernière minute, jouera avant-centre à la place du Père Noël. Alors, au menu, agneau, et surtout douceurs : œufs en chocolat à volonté ! On n’en trouve pas ? Qu’à cela ne tienne, nous allons vider, en famille, de vrais œufs, et les remplir de chocolat chaud fondu. Nous bricolerons des lapins, des poules, des poissons. On va la jouer surréaliste : Pâques à Noël ! Et why not ?
NOËL AUX URGENCES
Autre pensum : se coltiner la famille, la belle-famille, donc. Et pourquoi pas franchir le Rubicon, laisser tout ça au bond, l’atmosphère con née, éviter le risque d’une soirée « Festen » (le lm), et donnerdesoi,o rirlemeilleurdenous- même. En se rendant, par exemple, avec des potes, aux Urgences de l’Hôpital, y apporter de bonnes choses à ceux qui ne fêteront de toute façon pas ces soirées comme ils le voudraient. Leur tenir compagnie, leur tenir chaud au cœur, rire ensemble, trinquer un peu à la santé de tous. Voilà une autre façon de transgresser sans s’oublier, et en pensant avec sincérité à l’autre, de surcroît.
Qui dit mieux ?
Isabelle, 41 ans, femme de ménage, divorcée, un ls de 18 ans
« Le réveillon avec mes frères et sœurs, c’est forcé et donc forcément ennuyeux. »
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« Noël, pour moi, est synonyme de larmes et de boule au ventre. Voir les gens heureux me renvoie un peu plus à ma solitude. Et je me sens anormale, car je ne réagis pas comme eux. Avec mes ménages, je ne peux même pas o rir de cadeaux aux gens que j’aime. Ça me coupe un peu plus de la magie de cette fête. Le 24, je serai certes avec mon ls. Nous boirons du champagne, je vais le gâter, mais ce ne sera pas franchement Noël. Le vrai, ce serait de passer cette soirée avec ma famille, dans un esprit festif, fraternel et généreux. Or, la relation avec mes frères et sœurs est empoisonnée par des non-dits et des con its. Le réveillon, avec eux, c’est forcé et ennuyeux. J’espère que ça va s’arranger, ou que mon ls va avoir des enfants. Je pourrai alors créer mon, notre propre Noël. »
Mouss, 33 ans, graphiste, célibataire
« Noël est lié à une frustration d’enfant : je suis né un 26 décembre ! »
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« Noël est lié à une frustration d’enfant : je suis né un 26 décembre, et on ne me fêtait pas mon anniversaire. Je recevais le 24 un cadeau seulement pour les deux événements. Ça reste une période que je n’aime pas. L’ambiance ultra-commerciale m’énerve. À la limite, ça m’angoisse. Ma famille réveillonne, bien qu’elle soit musulmane. C’est une fête si ancrée, en France ! Mes parents réunissent mes frères et sœurs – nous sommes sept – et leurs enfants, mais je ne me joins jamais à eux. Pourtant, je les adore. Le 24, je ne prévois rien. Il y a deux ans, avec trois amis, nous avons organisé un dîner d’anti-Noël à la maison. Nous nous sommes retrouvés à vingt-cinq, dont mes voisins qui ont 50 ans ! Ce fut la plus belle soirée que je n’ai jamais faite. Et, l’année dernière, j’étais avec des Turcs à Berlin. Cette année, j’espère être loin...»
ILS N’AIMENT PAS NOËL
Fantasia - 12/16
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