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ÉDITORIAL
Par Thierry LE ROY et Pierre HENRY
Président et Directeur général de France terre d’asile
Près de 1 000 salariés, autant de bénévoles, ont été fortement sollicités en 2018 en tous points du territoire pour accueillir, informer, accompagner et héberger environ 12 000 personnes quotidiennement. Migrants primo-arri- vants, demandeurs d’asile en cours de procédure, mineurs isolés étrangers (MIE) ou encore réfugiés statutaires ont eu ainsi recours à nos services dans des situations parfois extrêmement dégradées.
Ainsi en va-t-il du dispositif de premier accueil. En 2018, il a continué à être sous-dimensionné et indigne en de nombreux points du territoire, dans de grandes capitales régionales (Nantes, Rouen Nice, Marseille, Metz, etc.), ce qui a conduit à une nouvelle crise de l’hébergement pour les personnes migrantes. La nouvelle loi asile-immigration, définitivement adoptée en septembre 2018, n’a pas répondu au défi du premier accueil. Après la fermeture du Centre de premier accueil de la Chapelle à la fin du premier trimestre, à Paris, en dépit des cinq Centres d’accueil et d’examens des situations (CAES) déployés en Île-de-France, le dispositif a été immédiatement saturé. France terre d’asile a documenté cette situation grâce à son service de maraude et aidé à la mise à l’abri d’urgence de migrants, placés sous divers statuts, tout au long de l’année.
Notre expertise puisée à la meilleure source, celle du terrain, nous a conduit à intervenir à de multiples reprises auprès des parlementaires, de diverses instances de concertation, pour faire part de nos analyses, de nos recommandations, tant sur la question des instruments européens de solidarité que sur le nécessaire équilibre des relations à construire avec les pays d’origine ou de transit, ou bien encore sur les insuffisances criantes du système d’asile français. Nous l’avons fait à chaque fois que cela a été possible et utile aux côtés des autres acteurs associatifs.
Cette ligne de conduite a été également la nôtre lorsqu’il s’est agi de contribuer à la réflexion du gouvernement et des départements sur l’évaluation de la minorité et de l’isolement des mineurs isolés étrangers (missions de réflexion bipartite État/départements nommée en novembre 2017, rapport rendu en mars 2018, accord État- départements conclu en mai 2018). Nous avons ainsi plaidé pour préserver le double principe de présomption de minorité et de danger, et publié en novembre 2018, un manifeste avec 21 propositions pour une protection effective des droits des MIE en France.
En 2018, l’absence d’unité européenne sur le sujet de l’asile et de l’immigration et l’approfondissement des lignes de fracture entre États membres s’est encore renforcée. Cela était visible à travers la gestion erratique des arrivées par la Méditerranée, la fermeture des ports et l’instrumentalisation du sujet migratoire par le nouveau gouvernement italien, la coopération renforcée avec la Libye où les personnes secourues en mer sont désor- mais majoritairement renvoyées, ou encore la criminalisation des ONG opérant dans la zone de sauvetage.
Face à ce repli et à la confirmation du manque de solidarité entre pays européens, nous avons accentué notre travail sur ces questions : table-rondes et colloques organisés en partenariat avec des organisations européennes et internationales, et notamment la fondation Heinrich Böll et nos amis allemands de Diakonie. Nous avons appelé à la mise en place d'un mécanisme régional de débarquement fondé sur le respect du droit d’asile et la solidarité, lancé une revue en ligne trimestrielle bilingue sur les questions européennes, et exhortater les États membres à sortir la réforme du règlement Dublin, de sa paralysie. La liste n’est pas exhaus- tive... Le Conseil d’administration s’est ainsi fortement mobilisé pour tenter de peser sur les débats en cours aux côtés de la société civile.
En 2018, France terre d’asile a également réalisé une grande consultation nationale interne afin de mieux cer- ner les besoins et les attentes de ses usagers, poursuivi l’information et la sensibilisation du grand public sur l’accueil des personnes en besoin de protection, mis l’accent sur l’apprentissage de la langue comme étape clé du parcours d’intégration et promu la mobilité des réfugiés. L’ensemble de ces actions ont contribué à faire vivre notre objet social en œuvrant à la sauvegarde du droit d’asile et de ses valeurs fondatrices tout en continuant à offrir aux usagers un accueil et un accompagnement de qualité.
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