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FRANCISATION
FÉVRIER 2015 24 MAG
ROBERT VÉZINA, PRÉSIDENT DE L’OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE
PRIORITÉ À LA COHÉSION SOCIALE
L e président de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Robert Vézina, en poste depuis un an, mise sur l’enga- gement et la collabo- ration de la population pour assurer la
primauté du visage français au Québec.
Annie Bourque
Journaliste
« Notre rôle, dit-il, est de veiller à ce que le français soit la langue d’usage com- mune des citoyens du Québec. Le but, c’est de renforcer son utilisation dans les milieux de travail et les services publics. »
M. Vézina tient à dénoncer un mythe sou- vent colporté. « Ce n’est pas vrai que l’Office interdit l’utilisation d’autres langues dans l’espace public. Dans un cabinet, par exemple, le médecin peut très bien parler en anglais, en grec ou en espagnol à son patient. »
Des relations de partenariat
Depuis 30 ans, l’organisme a dévelop- pé des ententes avec ses partenaires, dont les Chambres de commerce et les entreprises. « C’est avant tout une rela- tion d’aide, de conseil, mais aussi une belle complicité productive. »
Au Québec, les entreprises de plus de 50 employés doivent souscrire à une
démarche de francisation obligatoire. Les statistiques du dernier rapport annuel de l’OQLF dénombrent 6 692 entreprises de 50 employés et plus. De ce nombre, 81 % d’entre elles (soit 5 464 compag- nies) sont certifiées.
En 2010-2011, 700 compagnies de moins de 50 employés ont entrepris cette démarche de francisation de façon libre et volontaire. Elles ont reçu leur attesta- tion de conformité.
« Ce succès est redevable à une straté- gie commune avec
le ministère de
l’Immigration,
Emploi-Québec, les Chambres
de commerce
et les grandes centrales syndi- cales », affirme M. Vézina.
D’autre part, plusieurs nouvelles entre- prises, spécialisées dans les technologies de l’information (T.I.), veulent conquérir la planète en anglais. Le marché franco- phone leur offre aussi un potentiel d’affaires, croit M. Vézina. « Notre organisme est là pour leur proposer des logiciels en français; nos conseillers font la promotion de ces programmes. »
Intégrer les immigrants
Le président de l’OQLF a développé des relations étroites avec les Carrefours de francisation qui donnent la priorité à l’intégration des immigrants. Cette cause lui tient particulièrement à cœur.
« Chaque année, le Québec accueille 50 000 immigrants. De ce nombre, 40 % d’entre eux ne connaissent pas le français. Plusieurs ne peuvent se trouver
Les médias associent souvent l’OQLF à l’émission de plaintes émises par les trois inspecteurs qui sillonnent la région métro- politaine. En 2013-2014, l’organisme a compilé un total de 3107 plaintes.
« Notre mandat est souvent mal compris : nous avons une mission claire, soit l’application de la Charte de la langue française », affirme Robert Vézina, le président de l’OQLF.
La journaliste du Mag ne peut s’empêcher de revenir sur l’épisode du Pastagate sur- venu en 2013, alors qu’un restaurant de Montréal utilisait le mot « Pasta » dans son menu. À cette époque, M. Vézina n’occu- pait pas le poste de président de l’orga- nisme. Toutefois, il prend la peine de pré- ciser : « On ne demandait pas d’enlever le mot « Pasta ». On voulait simplement obtenir une traduction en français. Ce fut une malheureuse incompréhension. »
Des millions de visiteurs
L’Office québécois de la langue française a mis au point des outils comme la biblio- thèque virtuelle ou le grand dictionnaire terminologique (GDT), qui est une banque de fiches terminologiques. Chaque fiche renseigne sur un concept lié à un domaine d’emploi spécialisé et présente les termes qui le désignent en français, en anglais et, parfois, dans d’autres langues. En consultant le mot « boucher » sur le site du GTD, on aperçoit, en un seul clic, 23 fiches différentes.
de l’emploi parce qu’ils ne maîtrisent pas notre langue. Ils se sentent un peu trahis », ajoute-t-il.
« On veut s’assurer de l’insertion des immigrants dans les réseaux francopho- nes, leur permettant ainsi de développer un sentiment d’appartenance vis-à-vis de la société. »
Au cours de l’entrevue, on sent la vision du linguiste derrière la politique. « Le Québec est une terre d’accueil où les expériences d’intégration avec les immi- grants sont positives et satisfaisantes. »
« Notre organisme veut contribuer à ce que l’ensemble de la société québécoise participe à un projet positif qui vise une cohésion et une belle équité sociale », conclut M. Vézina.
« Nous recevons des visiteurs de l’ensem- ble de la planète, dont le Canada, la France, mais aussi les États-Unis », précise M. Vézina.
Banque de dépannage linguistique (BDL)
Sur le site de l’OQLF, on trouve la Banque de dépannage linguistique, un outil majeur qui permet de répondre aux questions concernant la grammaire, l’orthographe, la syntaxe, les anglicis- mes, etc. À cet endroit, on compte une section de jeux pédagogiques pour les grands comme pour les petits.
« En 2013-2014, trois millions de visiteurs en provenance de Montréal, de Québec et de Paris ont eu recours aux services de la BDL. Le nombre de visites est en constante progression », indique M. Vézina.
Création de mots nouveaux
Les linguistes de l’OQLF sont reconnus à travers le monde pour leur expertise. Ils ont créé des mots nouveaux comme « pourriel », « clavardage », « balado- diffusion ». « Le français est une langue contemporaine, utile, vivante et expres- sive, conclut-il, d’un ton passionné. Elle est adaptée à la modernité, capa- ble de créer les termes dont nous avons besoin. »
LES TRÉSORS MÉCONNUS DE L’OQLF
QUAND LA PASSION DES MOTS L’EMPORTE
Durant son enfance, Robert Vézina a été bercé par la musique et les particularités du parler acadien de ses grands-parents maternels. Plus tard, au milieu des années 80, il entreprend une formation en génie physique à Saint-Jean, Terre-Neuve, et par la suite en Nouvelle-Écosse.
C’est à cet endroit qu’il se découvre une véritable passion pour la langue française, son histoire et ses variétés régionales. Cette passion le pousse à quitter le domaine des sciences pures. « J’ai tout quitté pour me réorien- ter en études linguistiques : un chemin ardu et difficile. »
Les perspectives d’emploi étaient moins reluisantes que dans le monde de l’ingénierie. « Si on aime passion- nément quelque chose, lance-t-il, je suis convaincu qu’on va réussir. »
Son parcours le prouve. Titulaire d’un doctorat en linguistique, M. Vézina a enseigné à l’Université de Laval et à l’U- niversité d’Arizona aux États-Unis. Il poursuit des recherches sur l’étude des mots et s’adonne aussi à la lexicogra- phie, qui consiste à recenser les mots, les classer, les définir et les illustrer. Son expertise lui permet de participer à l’élaboration de dictionnaires tels Le petit Larousse et le Dictionnaire historique du français québécois.
En 2007, il commence sa carrière comme agent de recherche au Conseil supérieur de la langue française. Au fil des ans, il gravit un à un les échelons avant de devenir président de l’organisme en 2011. Depuis un an, il occupe le poste de président de l’Office de la langue française du Québec (OQLF). Sa mission? Assurer la pro- motion du français dans toutes les sphères de la société.

