Page 7 - Le Petit Journal de Rebelle-Santé n° 219
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ENFANTS
Sabrina Lerch insiste : « Avec la diver- sification classique, souvent on cher- che à diminuer le lait pour remplacer le repas complet. Mais avec la DME, on complète l’alimentation à base de lait, on ne remplace pas. On rajoute ! Au début, ça va être de la décou- verte. Tout est nouveau. Et au fur et à mesure, on se dirige vers quelque chose de nutritif. D’où l’importance de maintenir le lait. » « Il n’y a aucune contre-indication pour les mamans qui donnent du lait artificiel, ajoute Émilie Pinard. Ça vient sûrement plus facilement aux mamans allaitantes parce qu’elles sont dans la continuité de laisser le bébé choisir la quantité de nourriture. Au fur et à mesure qu’il mange davantage, il tête moins. »
Maya, 31 ans, a donné naissance à son premier enfant il y a 7 mois. Elle vit à Cahors avec son mari Nicolas et débute la DME. « On a la chance d’avoir une association avec une consultante en lactation, un atelier de portage, de motricité libre et de DME. Je fais aussi partie d’un groupe de mamans sur WhatsApp. C’est vrai qu’en ce moment, beaucoup des ali- mentsproposésfinissentparterreou écrasés sur la table. C’est le lait qui nourrit mon bébé et pas forcément la courgette. »
Frilosité des médecins, adaptation en crèche
Tous les parents interrogés rappor- tent la même expérience lorsqu’il s’agit de confronter leur choix de diversification au monde médical : se taire pour éviter toute critique.
« Je ne suis pas rentrée dans les détails au début avec les médecins, raconte Aliénor. En même temps je n’ai pas l’impression qu’on m’ait beaucoup posé de questions. Les enfants allaient bien. Pour certains médecins que je ne sens pas très pro- allaitement, par exemple, j'en parle occasionnellement mais je ne rentre pas dans les détails. » Même expé- rience pour Maya : « J’ai fait comme la plupart des parents : je ne l’ai pas dit pour éviter d’avoir une leçon. Alors que je me suis bien renseignée. Je sais ce que j’ai envie de faire et je n’avais pas envie de prendre un sermon. Ma pédiatre m’a conseillé la diversifica- tion à 4 mois. Ce que je n’ai pas fait. J’ai tout de même suivi les recom- mandations de l’OMS. »
Si, face aux pédiatres, il semble encore répandu de ne pas insister, certaines structures d’accueil commencent à intégrer cette option. « Mon enfant est en maison d’assistance mater- nelle. Pour le moment, à midi il boit du lait et on fait la DME le soir. On s’adapte. Vers 9 mois, si tout se passe bien, on le fera aussi le midi. Les per- sonnes qui encadrent sont plutôt géniales », explique Maya.
Pour Manon, tout juste diplômée en tant qu’éducatrice de jeunes enfants, la DME ne pose pas de problème particulier. Lors de sa formation, elle a appris ce que c’était et elle a pu la mettre en application lors de son stage dans une crèche publique des Alpes-Maritimes l’année dernière. « Nous avions deux bébés de 8 mois qui faisaient la DME. Les parents
avaient prévenu qu’ils avaient com- mencé les morceaux lors de l’entretien d’adaptation. Nous recevions la nour- riture de la cantine centrale pour tous les bébés. Pour ceux qui faisaient la DME, nous avions prévenu en cuisine de ne pas les mixer. Pareil pour les fruits, on faisait attention à les couper suffisamment gros. » Cependant, une crainte revient souvent chez les pro- fessionnel.les de la petite enfance, comme chez les pédiatres : « Est-ce que bébé a suffisamment mangé ? »
Bébé va bien
La DME n’est pas mieux ou moins bien qu’une diversification classique à base de purée. C’est bien une ques- tion de choix de la part de la famille et des possibilités d’organisation, tant que l’enfant est nourri en fonc- tion de ses besoins. « Au niveau de la santé, tout est bon », confirme la nutritionniste Sabrina Lerch. Il existe cependant des contre-indications à la DME, comme le signale le livre Petites mains, grande assiette : le frein lingual court, la malformation buccale, la fente labiale, les retards ou troubles du développement, les problèmes de coordination main-œil ou les bébés prématurés.
Aucune étude d’ampleur ne permet pour le moment d’affirmer son impact sur la prévention de l’obésité infan- tile. « Néanmoins, l’enfant apprend à respecter sa satiété, affirme Émilie Pinard. Si on offre des aliments de qualité à son bébé, il va s'habituer à manger de bonnes choses. Si on donne l’occasion à l’enfant de réguler son appétit, il apprend à s’alimenter. »
Quant à l’éveil des goûts plus diversifiés avec la DME, impossible non plus de le vérifier. Pour Aliénor, alors que son dernier est « très aventureux et adore le caviar d’aubergine », ses autres enfants « tueraient père et mère pour un paquet de Napolitain ». Ce qu’il faut surtout retenir, conclut Émilie Pinard, c’est qu’au cœur de la philosophie de la DME, « le parent offre la qualité et l’enfant gère la quantité ».
Hélène Molinari
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