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guelén Ndiaye. Par la suite, les deux était divisé en deux branches : D’où gais à l’époque. Valentin Fernandes par Kahone était l’une des raisons de cet échec ». De plus, l’élargissement de l’espace politique vers le Sud
hommes se sont séparés. La rupture la rivière du Saloum et du Sine. Il (1506-1510) avait utilisé le terme « était dicté en partie par le commerce du sel. La Gambie était une plaque tournante des échanges commer-
était soldée par la mort de Diattara. semble que la légende est largement Bour Saloum » pour nommer la ri- ciaux. Le fleuve était un important axe commercial vers les marchés de consommation. Son agencement
Il était abattu par les hommes de partagée. À Ngathie, l’un de nos in- vière. « Du cap dos Mastos jusqu’à avec la rivière du même nom permettait le trafic du sel par la voie fluviale. De ce fait, les ports d’exporta-
Mbégaan ». formateurs Aliou Ndiomé dit à peu la rivière de Gambie, il y a 25 lieues. tions de Saloum (Kawourn,Cassang, etc.) se situaient sur la rive gauche du fleuve Gambie. Il constitue l’une
Il semble que la rupture était causée près la même chose. « Au moment Et dans l’intervalle, se jettent trois des raisons qui explique le contrôle de ses terroirs par les rois de Saloum. Un informateur qui avait visité
par un conflit d’intérêt économique. de l’arrivée de Mbegaan sur le trône rivières. L’un s’appelle Jaala dans ces lieux nous renseigne sur l’existence d’un marigot à kawourn nommé jusqu’à présent marigot des rois
Ce dernier était identifié par la tra- du Saloum, il y’avait une famine et leur langue et dans le nôtre (…). de Saloum. Cela prouve dans le passé, le contrôle politique de cet espace par ces derniers.
dition comme un musulman sonin- les populations avaient demandé à La seconde s’appelle la rivière de
ké. L’islam à l’époque était une reli- Mbegaan de la nourriture. Ce der- barbacijs qui s’élargit à l’intérieur Conclusion
gion marchande. Diattara aurait été nier était allé voir le génie Sangho- et forme deux bras. Le bras qui va Le sel était donc l’une des forces et la puissance de Saloum. De nos jours, le Sénégal est le premier pays
un commerçant. Sous ce rapport, mar pour obtenir un cours d’eau. vers le nord s’appelle le « Broçalo » producteur de sel en Afrique de l’Ouest. Le sel est exporté jusqu’en Afrique centrale. La filière peut devenir
la politique économique au pro- Lorsqu’il a eu gain de cause, il dit [Roi-Saloum] ». une source de fiscalité locale et d’activités génératrices de revenus. Sa modernisation dans une perspective
fit du pouvoir central pouvait être à son peuple voilà une nourriture Il est permis donc de dire que le industrielle peut servir d’impulsion aux politiques de décentralisation pour un développement socio-éco-
en contradiction avec les intérêts inépuisable pendant la saison des conflit entre Mbegaan et Ali Eli bana nomique des terroirs salicoles. Le Sine-Saloum n’est pas seulement un « bassin arachidier » ; c’est aussi un
économiques de ce dernier c’est-à- pluies, vous aurez des poissons ; et était causé en grande partie par le « bassin de sel ».
dire la recherche du profit. De plus, pendant la saison sèche vous obte- contrôle des salines et des voies de
l’alliance entre Mbegaan et le ma- nez de sel ». communication.
rabout Saloum Souaré dont le pa- Pour nous, le récit relaté par nos in-
tronyme était connu pour l’activité formateurs véhicule des substances
marchande était une alliance contre extraordinaires pour expliquer l’ori- Le rôle du sel dans la construc-
nature du point de vue de la reli- gine du pouvoir de Mbegaan. À tra- tion de l’espace Saloum
gion. Ce dernier aurait été un mar- vers ce récit, Mbegaan est présenté Autant que la gabelle qui avait joué
chand favorable à la cause de Mbe- comme le créateur de la rivière. Or, un rôle important à la construction
gaan. C’est ce qui explique peut-être la rivière existait bien avant l’avè- de la France moderne, le sel avait
le fait qu’il n’avait pas soutenu son nement de Mbegaan. Le sel était joué un rôle prépondérant dans le
frère musulman Ali Eli bana. exploité et la pêche était pratiquée processus de la structuration de
En outre, voici une source qui per- par les populations depuis leur ins- l’espace Saloum. Les structures du
met d’entrer de plain-pied dans le tallation. Ce qui est nouveau, c’est le pouvoir central étaient modelées
but du sujet. Selon Manga Ndour, contrôle du cours d’eau par un pou- au tour « des affaires du sel ». En
Mbegaane, après sa circoncision voir politique incarné par Mbegaan. effet, l’emplacement de la capitale
au Sine, était venu séjourner au Sa- Ce dernier avait très tôt compris (Kahone) était dicté en partie par le
loum. Lors de son séjour, il avait vi- que la richesse du Saloum, c’est la contrôle des salines et le commerce
sité une bonne partie de l’espace qui rivière du même nom ; parce qu’elle du sel. Ce commerce était l’une des
allait devenir le Saloum. Il était allé était à la fois un axe commercial, causes du rayonnement économique
en Gambie, dit-il. Ces déplacements source de production de sel et des de Kahone. D’après les témoignages
l’avaient permis d’explorer les po- produits halieutiques. Qui contrôle de BOILAT, Kahone était prospère.
tentielles économiques de l’espace la rivière devient donc maître des ri- « Au Sud du royaume de Sine est
et l’importance de la Gambie sur- chesses et par conséquent contrôle placé le royaume du Saloum, le plus
tout sur le plan commercial. Mais le pouvoir politique. Il semble que commerçant de toutes les contrées
aussi de constater que l’agriculture des mythes ont été même inventés habitées par les sérères. Le princi-
et l’élevage étaient les activités do- pour le contrôle de la rivière. Nous pal commerce se fait à Kawour la ca-
minantes dans les régions qu’il avait pensons que la surveillance du pitale du royaume. Là se réunissent
visitées. Après sa victoire sur Ali Eli bras de mer par les génies dénom- les marchands mandings qui y ap-
Bana ; il était allé voir le génie San- més : « Mama youngoumél, Laga et portent de l’or, de l’ivoire et des es-
ghomare afin de négocier la rivière M’bossé » était une stratégie pour claves. (…) ».
dénommée rivière du Saloum. À son contrôler la rivière car le pouvoir En analysant l’échec de la création
retour, Mbegaan monta sur son che- politique n’avait ni la logistique ni d’un comptoir commercial au Sa- Omar Mallé SAKHO
val et planta son sabre et l’eau le sui- les hommes pour la surveillance. La loum, A, Dessertine pense que « Chercheur UCAD, Laboratoire LARHISA
vit dans le sillon tracé par son sabre mainmise sur le cours d’eau avait l’importance (…) des quantités de
sur le chemin du retour. Le sillon eu un écho chez les auteurs portu- marchandises qui devaient transiter
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