Page 14 - Annuel 2018
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Les maladies chroniques prennent de plus en plus d’importance
Une grande partie des patients arrivent par les urgences. Mais nos hôpitaux étant des hôpitaux univer- sitaires très spécialisés, une autre partie des patients vient consulter et se faire opérer de toute la France et de l’étranger. Dans le moyen terme, je pense que nous sommes condamnés à garder des hôpitaux conciliant ces deux aspects. Ce qui pose une série de problèmes intéressants. Ainsi, lors de l’épidé- mie de grippe, nous avions 20% de patients supplémentaires par rapport à la capacité «de croisière». Que faire ? On voit certains urgentistes, dans les médias, dire qu’il faudrait augmenter la capacité à 120 % alors même que le besoin, 350 jours par an, est de 100. Il faut plutôt faire des hôpitaux dont le fonctionnement soit à activités variables. Quand il y a une épidémie de grippe, nous décalons l’hospitalisation des patients qui étaient programmés. Certains crient à la « désorganisation hospitalière ». Je préfère parler de « suprême organisation hospitalière » et j’assume complètement.
Nous sommes confrontés à une évolution épidémiologique majeure. Les maladies chroniques prennent de plus en plus d’importance. Nous devons prendre en charge des patients qui vont vivre des dizaines d’années avec deux ou trois maladies : une insuffisance cardiaque, un diabète, un cancer, etc. On l’observe dans la progression des dépenses de santé. Cette évolution épidémiologique conduit à prendre en charge des patients sur une longue période plutôt que sur un seul épisode aigu de maladie. D’un autre côté, les techniques et les organisations médicales permettent
de raccourcir le séjour des patients. Alors que le lien entre l’hôpital et son patient naissait au moment de l’admission et cessait lors de la sortie, ce lien s’allonge considéra- blement, alors même que le passage à l’hôpital est beaucoup plus court. Les affections de longue durée nous orientent vers une dissociation des deux fonctions de l’hôpital, l’hôtelière et l’hospitalière, avec des séjours à l’hôpital plus courts, des hôpitaux avec moins de lits et davantage de plateaux techniques.
Les évolutions technologiques permettent aussi de conserver le lien entre le médecin et le malade. Grâce aux nouvelles technologies, le dossier médical circule sur Internet, nous pouvons faire de la téléméde- cine, de la surveillance à distance. Mais tous les problèmes ne seront pas résolus pour autant. On ne va pas voir un médecin uniquement pour qu’il vérifie nos constantes biologiques ou qu’il regarde notre électrocardiogramme. On va le voir parce qu’on va mal, parce qu’on veut être face à quelqu’un qui va nous aider, etc. On parle beaucoup de médecine personnalisée en termes de diagnostic et de traitements, mais les technologies peuvent déperson- naliser la relation médecin-malade. Se pose la question de la dissociation entre l’acte technique proprement dit et l’aspect humain de la relation thérapeutique.
Je citerais seulement deux exemples. Aujourd’hui, le délai moyen pour voir un ophtalmologue est de 6 mois. Nous sommes un des seuls pays où l’ophtalmologue a le monopole sur des actes que pourraient faire un opticien. Le problème se pose aussi dans les
SERVICE DE CHIRURGIE AMBULATOIRE À L’HÔPITAL GEORGES-POMPIDOU. LES SÉJOURS À L’HÔPITAL SONT DE PLUS EN PLUS COURTS.
édition 2018
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© Sophie Knapp


































































































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