Page 17 - Annuel 2018
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Territoires, santé, bien-être
17 édition 2018
L’ALLONGEMENT DE LA DURÉE DE VIE EST CONSIDÉRÉ COMME UN MARQUEUR ESSENTIEL DU PROGRÈS. D’OÙ LA RECHERCHE CONSTANTE DE L’AMÉLIORATION DE L’ÉTAT DE SANTÉ.
Une vie longue et en bonne santé : ce qui était autrefois perçu comme relevant de la fatalité est désormais de plus en plus considéré comme un droit. L’universalité de ce droit suscite de multiples débats, symptomatiques des rapports complexes que nous entretenons avec la solidarité, mais aussi avec la science et l’autorité des experts face aux risques. Jean Viard rappelle que nos sociétés se sont structurées par le travail. Mais désormais celui-ci ne représente plus que 10% du temps dans nos vies. Des vies marquées par un objectif nouveau, celui de vivre « une vie complète », de connaître tous les âges de la vie.
Pour Pierre-Henri Tavoillot, les âges se brouillent de plus en plus, dans le contexte d’une vie plus longue mais faite d’incertitude et de changements permanents. La sortie de l’enfance est plus précoce mais l’entrée dans l’âge adulte plus tardive ; la jeunesse est adorée, mais peine à s’intégrer dans la vie active ; la vieillesse, ennemie, et pourtant plus durable et confortable que jamais.
En France, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans devrait passer de 12,5 millions aujourd’hui à 19 millions en 2040. Il est plus dif cile de chiffrer la population des personnes handicapées. Marie-Anne Montchamp appelle à imaginer le modèle de demain pour adapter la société au vieillissement et au handicap, tout en soulignant la nécessité de prendre en compte les questions d’autonomie, de liberté et de prise de risque acceptable. Parmi les déterminants de santé, les risques sanitaires liés aux expositions environnementales
sont caractérisés par leur complexité et de nombreuses incertitudes. Gérard Lasfargues décrit l’importance d’une approche intégrative des risques telle que pratiquée par l’ANSES, à partir d’exemples autour des risques émergents ou controversés (perturbateurs endocriniens, nanomaté- riaux, pesticides.). Comment communiquer et interagir avec les parties prenantes sur ces risques ? Le processus d’expertise doit intégrer les préoccupations sociétales pour éclairer les décisions et les choix de gestion découlant de l’évaluation.
Quant à notre système de santé proprement dit, les dé s auxquels il est aujourd’hui confronté font large- ment écho à son histoire singulière. Le système de santé français n’a pas été construit par l’Etat, montre Didier Tabuteau. Cette spéci cité explique les relations tumultueuses entre les professionnels de santé et l’État, et elle structure encore les logiques de l’assurance-ma- ladie ou les développements chaotiques de la santé publique.
Au total, le secteur de la santé engage une multiplicité d’interactions entre autorités publiques et acteurs privés, entre expertise scienti que et savoirs des usagers. Les formes de la régulation ont singulièrement évolué ces dernières années, notamment à travers le renforcement de nombreuses agences sanitaires, sans pour autant éviter les contestations, voire la dé ance. Daniel Benamouzig propose une perspective critique et prospective sur la régulation à partir d’une pluralité de questions sanitaires et, à travers elle, sur les frontières entre l’Etat et le marché dans le secteur de la santé.
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