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CHAPITRE VIII  L’Intelligence artificielle

                  de Dartmouth » de 1956. Après 20 ans d’enthousiasme initial, les limitations techniques des
                  programmes d’IA ont finalement conduit au premier « hiver » de l’IA, marqué par un désintérêt
                  massif des investisseurs financiers dans ce domaine. Au Royaume-Uni, le « rapport Lighthill »
                  publié en 1973 critiquait sévèrement l’échec des projets d’IA à atteindre les objectifs prévus.
                  Aux États-Unis, les « amendements Mansfield » publiés en 1969 et en 1973 exigeaient que
                  les recherches financées  par le ministère de la Défense nationale  aient des applications
                  directes dans l’armée américaine. L’IA a alors été considérée comme une technique dépour-
                  vue de potentiel scientifique ou économique et ses sources de financement se sont taries.
                  Au début des années  1980, une nouvelle  forme d’IA est apparue, appelée  « systèmes
                  experts », spécialement promue par le gouvernement japonais. Les fonds ont été réinvestis
                  dans le monde entier, donnant un nouvel élan à la recherche en IA. Certains développements
                  clés pour la formation de réseaux de neurones, tels que la rétropropagation, sont apparus
                  pendant cette période. Cependant, le marché a été progressivement déçu, aucune avancée
                  majeure n’ayant été constatée d’un point de vue économique. À la fin des années 1980, le
                  financement s’est de nouveau effondré, menant au deuxième « hiver » de l’IA, même si la
                  recherche dans le domaine restait active.
                  Au milieu des années 1990, en partie à cause de l’augmentation de la puissance des ordi-
                  nateurs, l’IA a finalement atteint certains de ses objectifs les plus anciens. Le projet IBM
                  DeepBlue, qui a conduit à la défaite du champion du monde d’échecs Gary Kasparov en
                  1997, est l’un des jalons les plus emblématiques des applications de l’intelligence artificielle.

                  Au cours de la première décennie du XXI  siècle, les applications de l’intelligence artificielle
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                  se sont rapidement répandues dans des domaines tels que la reconnaissance de la parole, la
                  conduite autonome ou les applications médicales. Plus récemment, l’augmentation constante
                  de la puissance des ordinateurs associée à la disponibilité de très grandes bases de données
                  (Big data) a alimenté des applications d’IA à un degré sans précédent. Les techniques d’ap-
                  prentissage automatique développées il y a plusieurs décennies, comme celle basée sur les
                  réseaux de neurones convolutifs, ont finalement trouvé des applications dans de nombreux
                  domaines. Le projet Google-Alphago, qui a permis à une machine de battre le champion du
                  monde au jeu de Go en 2017, a constitué un jalon important pour les applications d’appren-
                  tissage (Deep Learning).


                  1.1  Applications en médecine

                  Au cours de la dernière décennie, de nombreuses applications très prometteuses de l’IA ont
                  vu le jour dans le domaine de la médecine . Les réseaux de neurones convolutifs se sont
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                  révélés très efficaces pour la reconnaissance d’images, à condition qu’ils soient éduqués à
                  partir d’énormes bases de données étiquetées. La principale raison qui explique la supério-
                  rité actuelle de l’IA sur les médecins humains dans des sous-domaines très spécifiques de
                  la médecine est que les machines peuvent être éduquées à partir de centaines de milliers de
                  cas cliniques, dépassant de loin l’expérience clinique des meilleurs spécialistes du domaine.
                  De plus, les données sur les soins de santé sont devenues de plus en plus nombreuses et
                  complexes pour chaque patient. L’objectif d’une médecine personnalisée nécessite la prise
                  en compte d’un ensemble considérable de données pour chaque patient.
                  La crainte que des machines puissent  potentiellement  remplacer  les médecins  humains
                  dans un avenir proche doit être prise au sérieux, car la dynamique de changement dans

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