Page 41 - Black Beautés Spécial été 2026
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Entre les rues d'Épinay-sur-Seine et les quartiers privilégiés du 16ᵉ arrondissement de Paris,
EL'NOUR a grandi avec la sensation d'habiter plusieurs mondes à la fois. Une expérience qui a
façonné son regard, nourri son écriture et forgé une identité artistique singulière.
Avec Confiance Aveugle, son nouvel EP, le rappeur franco-soudanais livre une œuvre intime,
traversée par des questionnements sur l'amour, la transmission, le regard des autres, l'héritage
culturel et les défis d'une génération tiraillée entre les anciens codes et l'ère numérique.
Pour Black Beautés, EL'NOUR revient sur son parcours, ses racines soudanaises et marocaines, le
conflit qui touche une partie de sa famille, sa conception de l'amour et son refus de sacrifier son
univers artistique à la quête du succès viral.
Black Beautés : Vous avez grandi entre Épinay- “Quand j'écris, je
sur-Seine et le 16ᵉ arrondissement de Paris,
deux univers opposés. Quel regard portez-vous recherche une
aujourd'hui sur cette double appartenance ?
certaine excellence...
EL'NOUR : Quand j'étais enfant, je ne réalisais
pas vraiment ce que représentait ce
déménagement. En grandissant, j'ai compris Black Beautés : Le conflit qui touche le Soudan
concerne directement une partie de votre
qu’évoluer dans des environnements totalement
différents m'a enrichi socialement et famille. Cela a-t-il changé votre manière
d'écrire ?
culturellement. Je pense que c'est aussi ce qui
fait que je suis quelqu'un de sociable, capable de EL'NOUR : Oui, forcément.
m'adapter facilement aux gens et aux situations. Ma famille paternelle est soudanaise. Avant la
guerre, beaucoup de mes proches n'avaient
jamais quitté le pays. Nous suivions les
Black Beautés : Avez-vous parfois eu le événements quasiment au jour le jour.
sentiment de n'appartenir pleinement à aucun Quand on parle du Soudan, beaucoup pensent
de ces mondes ? immédiatement au Darfour et imaginent que la
EL'NOUR : Quand j'étais plus jeune, oui. Dans le guerre fait partie du quotidien depuis toujours.
16ᵉ arrondissement, j'étais entouré de Or, à Khartoum, ma famille ne connaissait pas
personnes issues de milieux très favorisés. cette réalité.
J'avais certains complexes. Je ressentais des Apprendre que des cousins, des cousines, des
différences, notamment à travers des choses qui tantes ont dû être déplacés, cela crée une
pouvaient paraître anodines. On ne me faisait pression. Cela pousse aussi à relativiser et à
jamais de remarques, mais je les percevais mesurer la chance que nous avons.
malgré tout. Très tôt, j'ai compris que mon Aujourd'hui, cela me donne une responsabilité
parcours était différent. supplémentaire. Quand j'écris, j'essaie de
prendre mon travail très au sérieux, de
rechercher une certaine excellence. D'une
Black Beautés : Vos textes donnent le sentiment certaine manière, cette situation m'a aussi
d'un artiste très observateur. Êtes-vous de ceux donné davantage de force pour continuer.
qui regardent le monde avant de l'écrire ?
EL'NOUR : J'ai toujours été quelqu'un d'assez Black Beautés : Vous écrivez depuis l'âge de 13
extraverti, mais aussi très observateur. C'est ans, mais il vous a fallu près de dix ans avant
quelque chose qui m'accompagne depuis d'en faire un véritable projet artistique.
toujours. Pourquoi ?
Black Beautés : Vos origines soudanaises et EL'NOUR : À l'époque, il n'y avait pas de jeunes
marocaines occupent-elles aujourd'hui une qui rappaient comme aujourd'hui. Le rap était
place plus importante dans votre identité considéré comme une affaire d'adultes. Quand
artistique ? je disais que je faisais du rap, on me regardait
parfois avec scepticisme. Ce n'était pas aussi
EL'NOUR : Clairement.
accepté qu'aujourd'hui. Même au sein de la
famille, ce n'était pas forcément évident.

