Page 12 - Black Beautés Magazine
P. 12

Quand les cheveux racontent une guérison :


                      l’histoire de Rood Organics



                        avec Roodelyne J.Bourdeau











          l y a des parcours qui dépassent la beauté capillaire pour
          toucher à quelque chose de plus intime : la reconstruction de
        l soi. Avec Rood Organics, Roodelyne J. Bourdeau ne signe pas
        seulement une marque de soins pour cheveux texturés, elle incarne
        une trajectoire où la santé, l’héritage culturel et la réconciliation
        personnelle s’entrelacent.


        Entre  Haïti,  Hong  Kong  et  une  communauté internationale  grandissante,
        la fondatrice a bâti une marque profondément ancrée dans une vision : celle d’une beauté
        naturelle consciente, respectueuse du corps et des cheveux.


        Dans cet entretien exclusif, elle revient sur son histoire, sa philosophie et la manière dont Rood
        Organics est devenue bien plus qu’une marque : un espace de soin et de transformation.



        Black Beautés : Avant d’être une marque, Rood          Roodelyne :  Vers la vingtaine, à Port-au-Prince
        Organics semble naître d’un parcours personnel         en Haïti, je traversais une période très difficile. J’ai
        fort. Quel est votre premier souvenir lié à vos che-   été diagnostiquée d’une maladie auto-immune à
        veux ?                                                 un stade déjà très avancé. Les médecins ont mis

        Roodelyne J. Bourdeau : Ma relation avec mes           en place une corticothérapie à base de cortisone
        cheveux commence très tôt, vers six ou sept ans,       pour freiner la progression de la maladie.
        au début de l’école primaire. Je vivais chez ma        En parallèle, j’ai commencé une chimiothérapie.
        grand-mère paternelle. Une de mes tantes, infir-       À ce moment-là, je perdais déjà mes cheveux.
        mière, a qui d’ailleurs je credite une grande partie   J’avais une alopécie liée aux défrisages et aux
        de celle que je suis aujourd’hui, s’occupait de moi.   brûlures du cuir chevelu, une situation ancienne et
        Elle avait peu de temps, et un jour avant l’école,     persistante.
        elle devait partir travailler et le temps lui faisait de-  Avec la chimiothérapie, tout s’est aggravé : zones
        faut. C’est là qu’elle a sorti une boîte de défrisage.  dégarnies, pertes importantes, trous visibles.

        Pour moi, enfant, c’était quelque chose de positif.    En août 2016, en allant au travail, je me suis
        Presque un rite de passage. Mais à partir de ce        arrêtée dans un barbershop à Port-au-Prince. Je
        moment-là, mon rapport aux cheveux naturels a          connaissais déjà le coiffeur.
        changé.                                                Je lui ai dit simplement : “Je veux me couper les
                                                               cheveux.”
        B.B :  Votre parcours de santé a profondément          Je ne savais pas exactement ce que je voulais. Je
        bouleversé votre rapport à vos cheveux et à votre      ne pensais pas devenir naturelle. Je savais seule-

        image. Pouvez-vous nous en parler ?                    ment que je ne pouvais plus continuer ainsi.
                                                               J’ai tout rasé.
   7   8   9   10   11   12   13   14   15   16   17