Page 8 - Lux in Nocte 13
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Parce que le désir de chanter invite aussi l’inconscient.





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            Lorsqu'une  personne  frappée  d’ASA  (syndrome  d’apnée  du  sommeil)  se  réveille  en
            panique au milieu d'un rêve, rêvant qu'elle s’étouffe, on est tenté de croire qu’il s’agit là
            d’un signal subliminal. J’aime « créditer » l’idée que cela provient d'un neurotransmetteur
            « avisé » posté solidement entre le système nerveux autonome et le cerveau cognitif, à la
            frontière de l'inconscient et du réel. En tout cas, la projection de cette image fugitive
            vient  au  secours  d’un  problème  physiologique  pour  le  moins  concret  et  c’est  plutôt
            rassurant …
            Ces images sont des sources témoins de notre monde intérieur, elles surgissent la nuit
            mais  persistent  aussi  en  journée  et  elles  sont  d’évidence  liées  à  ce  qui  nous  échappe.
            Pourtant elles anticipent, illustrent nos émotions et s’accordent à notre insoupçonnable
            et inépuisable réservoir créatif.
            Enseigner la voix lyrique c’est inviter les images et donc flirter significativement avec
            l’inconscient  car  c’est  du  cœur  de  l’intime  que  les  mots  déferlent,  c’est  du  fond  des
            méandres de la psyché que, toute gorge ouverte, les voix de nos élèves s’élèvent plus ou
            moins spontanément.
            Innée  ou  laborieuse  mais  toujours  empressée,  la  voix  lyrique  vient  généreusement  et
            naïvement  s’aboucher  au  monde  réel,  elle  prend  tous  les  risques  car  elle  n’a  pas
            seulement en charge les mots des autres, elle est infiniment remplie d’elle-même.
            Le chant lyrique répond à un foudroyant appel dont on ne mesure pas grand-chose et
            cette voix que l’on voudrait sympathique va pourtant bousculer toute la personne. Il faut
            être frappé d’un désir très puissant pour s’exposer ainsi aux regards et aux oreilles des
            autres.
            Un professeur de chant est un guide et pour cela, un « as » de l’art de la visualisation, il
            convoque tour à tour le mental comme l’imaginaire et oriente le parcours sensoriel de
            l’élève chanteur(se) car le travail de la voix est un mystérieux cheminement qui a terme
            accorde le corps et l’esprit. Ce travail s’appuie sur la programmation de nouveaux gestes
            réflexes  qui  seront validés  par  le  système nerveux,  c’est  donc  le  cerveau des  réflexes,
            celui qui a tant de noms (le reptilien, le cerveau neuro végétatif, le cerveau autonome, le
            cerveau  des  émotions)  c’est  lui  qui  prendra  en  charge  cette  nouvelle  voix(e)  pour  le
            meilleur comme parfois pour le pire.
            C’est  en  faisant  référence  à  de  bonnes  images  qui  éclairent  et  rassurent  le  corps  que
            l’apprenant chanteur se renforce alors qu’il peut très vite paniquer au cœur d’un discours
            élaboré. Les portes de l’inconscient sont grandes ouvertes.





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