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             Mercredi 13 Novembre 2019

                                       Biskra                                                   10e Fica
                  Les poèmes de feu Othmane

                     Loucif, "une transposition         TROIS COURTS MÉTRAGES

              artistique de situations vécues"
            Les intervenants à l'ouverture du colloque inter-        PROJETÉS À ALGER
            national sur "le discours poétique algérien
            contemporain, structures et mutations dans les  Trois courts métrages, traitant de l’extrémisme violent et de terrorisme, ont été présentés
            poèmes d'Othmane Loucif'', ouvert  à l'université             lundi soir à Alger devant un public de cinéphiles nombreux.
            de Biskra, ont indiqué que sa production poé-
                                                          rogrammés dans "Fenê-
            tique constitue "une transposition artistique de
                                                          tre sur courts", une des
            situations vécues''. L'enseignant Ali Melahi de
                                                     Pcatégories compétitives
            l'université d'Alger 2 a considéré la poésie de
                                                     du 10e Festival international du
            Loucif, qui reflète tantôt crument tantôt symbo-
                                                     cinéma d’Alger, ouvert jeudi,
            liquement les expériences humaines qu'il a vécu,
                                                     "Hadi Hiya","La fausse saison"
            "constitue une victoire du verbe sur la souf-
                                                     et "Une histoire dans ma peau",
            france''. Le parcours du poète se laisse saisir au
                                                     convoquent le passé sombre et
            travers de ses 20 recueils poétiques dont "La
                                                     douloureux de l’Algérie à tra-
            rose a dit'', "L'écriture par le feu'' et "Gingembre'',
                                                     vers les blessures et les trau-
            a estimé M. Melahi, attribuant à Loucif une "ten-
                                                     matismes engendrés par le
            dance mystique d'un homme sensible à la souf-
                                                     terrorisme des années 1990.
            france d'autrui et généreusement compatissant''.
                                                     Le jeune Youcef Mahsas dé-
            Pour Ahmed Saayoud de l'université de Tébessa,
                                                     crypte dans "Hadi Hiya" (Ainsi
            qui a donné une lecture critique du recueil "El
                                                     soit-il ) les traumatismes psy-
            Moutaghabi'' (qui mime le stupide) de Loucif, les
                                                     chologiques de la tragédie des
            écrits de ce poète ont une dimension humaine
                                                     années 1990 à travers l’histoire
            qu'il a réussi à atteindre en recourant à un
                                                     d’un jeune couple. Tourmentée,
            lexique singulier exceptionnellement proche du
                                                     Sarah qui vit dans une vétuste
            quotidien familiale et sociale de tout un chacun.
                                                     maison coloniale avec son
            L'irakien Safaa El-Kayci a de son côté estimé que
                                                     mari, Lyès, et sa fille, Nazek,se  dans le cinéma avec des comé-  litant engagé dans les luttes  du terrorsime, des journalistes,
            le discours poétique de Loucif Othmane jouit
                                                     remémore les souffrances d’en-  diennes novices, dit être "mo-  démocratiques, témoin de la  écrivains ou encore des pa-
            d'une forme esthétique éthérée, d'un sens poé-
                                                     fance  qu’elle a endurées, la  tivé par le devoir de  mémoire  période sombre des années  triotes.
            tique subtil et une visée sémantique qui
                                                     rendant "prisonnière" d'un  à toutes les victimes du terro-  1990. Acteur dans "Cœur  sur la  Dix-huit longs métrages (docu-
            échappe au lecteur hâtif. Son langage poétique
                                                     passé douloureux  duquel elle  risme" dont des intellectuels,  main", une organisation carita-  mentaires et fictions) et huit
            traduit l'humanisme de Loucif qui reflète ses
                                                     ne  pouvait se détacher. Pour sa  artistes et journalistes. Son  tive, il s’engage aux cotés d’ar-  courts métrages sont program-
            sensations d'exil et de nostalgie des siens et de
                                                     part, le réalisateur Menad Emb-  court métrage de 15  minutes,  tistes et écrivains pour animer  més en compétition du10e Fica
            la patrie, a relevé El-Kayci. Des universitaires al-
                                                     barek, aborde le terrorisme à  explique-t-il, tente de porter un  la scène culturelle et intellec-  qui prévoit également la pro-
            gériens ainsi que de Tunisie, d'Irak, du Qatar et
                                                     travers l’histoire de Djamel, un  regard sur "la société algé-  tuelle dans les anciens locaux  jection hors compétition de
            d'Egypte participent à cette rencontre de deux
                                                     fidèle vivant dans une famille  rienne qui pâtit du manque de  du Mouvement démocratique  sept films. Les projections se
            jours organisée par la Faculté des lettres et
                                                     modeste et émancipée qui,  l communication", une défail-  et social (MDS), qui abritent de-  poursuivent jusqu'au 16 no-
            langues étrangères de l'université Mohamed
                                                     pourtant, ne le prédestinait pas  lance qui favorise, selon lui,  puis deux ans un espace dédié  vembre dans les salles de l'Of-
            Khider, une année après la disparition du poète
                                                     à intégrer un groupuscule ex-  l'exclusion et l'extrémisme.  à l’expression artistique (Le  fice de Riad El Feth (Oref) avec
            Loucif Othmane. Né le 5 février 1951 à Tolga
                                                     trémiste qui allait attenter à la  Toujours dans le même  Sous-Marin).       au programme de la journée
            (Biskra), Othmane Loucif est docteur en littéra-
                                                     vie de son voisin de quartier, un  filon,Yanis Kheloufi, épluche, de  Ces lieux, dit-il, porteurs de  du mardi la présentation en
            ture, auteur d'une vingtaine de recueils poé-
                                                     chanteur de cabaret. Présent à  son coté, le terrorisme à travers  mémoire, d’émotions et de le-  avant-première de la fiction
            tiques dont "El kitaba bi Nar'', "Irhassat'' et
                                                     la projection, le réalisateur qui  un portait de 17 mn, consacré  çons, sont évocateurs car ils  "Paysages d’automne"  de Mer-
            "Aarass el melh''. Il est décédé en juin 2018.
                                                     fait sa première expérience  à Kader Affak, comédien et mi-  ont hébergé, durant les années  zak Allouache.
                                                   Festival international de danse contemporaine
               L'Algérie, l'Egypte, le Maroc et la Tunisie à l'honneur
            Des chorégraphies conçues dans des thé-  chid, deux danseurs aux talents confirmés,  sensibilisation sur le traitement que les gens  timent d'"anxiété et de colère". La Compa-
            matiques en lien avec le droit de la femme  s'invitent dans un de ses rêves pour la libé-  aisés réservent à leurs employés qu'ils  gnie marroco-tunisienne "Col'Jam", compo-
            à s'émanciper, la tradition ancestrale, la lutte  rer à travers une courte danse qu'ils exécu-  considèrent comme des "sujets". La trame  sée par Wajdi Gagui, chorégraphe et
            des classes et l'aspiration au changement,  teront à trois, dans la beauté du geste et la  de la performance égyptienne, menée par  concepteur du spectacle, Ahlam El Morsli,
            ont été présentées, lundi soir à Alger, par  grâce du mouvement. S'inspirant d'une his-  les ballerines, Sherly Ahmed, Youmna Mo-  Soufiane Naym et Ester Lozano Torné, est
            des troupes de danse, d'Algérie, Mali,  toire familiale, le chorégraphe, metteur en  saâb, Halla Imam et Rasha Wakiel, ainsi que  venue avec "Kayen ?", une mise en garde
            Egypte, Maroc et Tunisie, dans le cadre du  scène et danseur malien, Aly Karembe en-  les danseurs, Amer Atef et Nour Henidy, ra-  contre la société de consommation, présen-
            10e Festival international de danse contem-  tendait, à travers "Les sorciers", performance  conte l'histoire de deux servantes dans une  tée dans une prestation dominée par des
            poraine, devant un public peu nombreux.  à huit tableaux, répercuter sur la scène ar-  grande propriété privée, très mal traitées  mouvements, exprimant, sous un éclairage
            "Le rêve", "Les sorciers", "Moch hilm" (ce  tistique, une tradition ancestrale, qui voulait  par la maîtresse des lieux, renvoyant ainsi à  vif, la colère et la violence et des person-
            n'est pas un rêve), "Dhadjidj Es'Semt" (le  que les "membres d'une même famille", éli-  une époque supposée révolue dans un  nages qui finissent par se souiller le corps
            bruit du silence) et "Kayen ?" (Y a t-il ?), sont  sent celui qui devait "partir travailler en terre  "appel de détresse" qui a fait interagir l'as-  de poudre blanche, gardée jusque là dans
            les intitulés des performances accueillies à  d'exil" et qui devait être, pour cela, le plus  sistance avec les artistes.   des sacs déposés le long de la scène. En
            l'Opéra d'Alger et exécutées avec autant  "fort" et le plus "dynamique". Soutenu par  Plus dans le questionnement encore, le  présence de représentants, du ministère de
            d'intensité et de grâce, par les ballerines et  la ballerine, Sylvie Kouame et les danseurs,  jeune, Abdessamad Seddouki de Sidi Bel  la Culture, et des missions diplomatiques
            les danseurs des troupes, "Mosta. Stars", Ka-  Bocar Dembelé et Chek Djalou, Aly Karembe  Abbès, un habitué du festival avec huit par-  accrédité à Alger des pays au programme
            rembastudio et les compagnies, de danse  retournera au village paternel, malgré toutes  ticipations à son compteur, est venu pour  de la soirée notamment, l’assistance a ap-
            contemporaine d'Egypte ainsi que "Col  les contraintes, récupérer le titre de son  faire entendre le "bruit du silence", où il met  précié de belles poésies en mouvement, sa-
            Jam", marocco-tunisienne, respectivement.  père, élu par sa famille et assassiné par ses  brillamment en scène un personnage dé-  vourant chaque moment de la soirée dans
            Fatma Chikh Djaoutsi, de la troupe, "Mosta.  détracteurs, "jaloux de sa force et ses succès  pressif et agité qu'il interprète, "certaine-  l’allégresse et la volupté. Outre les troupes
            Stars" de Mostaganem, rêve de devenir une  commerciaux".  Dans une prestation qui  ment victime d'une société impitoyable à  algériennes, douze pays prennent part au
            danseuse étoile, malgré les regards obliques  aura franchi les limites du 4e art, "Moch  l'égard des faibles", dira t-il, utilisant judi-  10e Festival international de la danse
            et les brimades qu'elle subit au quotidien,  hilm" de l'Egyptienne Sally Ahmed, fait  cieusement, comme leitmotiv, le geste ré-  contemporaine d’Alger qui se poursuit
            de la part d'une société sclérosée qui refuse  appel à l'utilisation de dialogues et d'acces-  current du renversement de la main,  jusqu’au 13 novembre, avec au programme
            d'entendre raison, jusqu'au moment où  soires pour une mise en situation univer-  synonyme de toutes les interrogations, dans  de la journée de mardi des  ballets d'Algérie,
            Khaled Gourinete et Khelifa Benbrahim Ra-  selle, plus crédible, avec une plus grande  une courte chorégraphie empreinte du sen-  de Hongrie et de Syrie.
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