Page 45 - Fantasia N°1 - Décembre 2016
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ENFANTS
La èvre acheteuse pour le premier Noël du petit trésor peut revêtir des airs de premier jour des soldes pour les lles. Et, sachant que chaque membre de la famille au grand complet ira de son cadeau pour le nouveau potelé, le plus fastidieux sera d’échanger les cadeaux reçus en double ou en triple exemplaire, au lendemain des festivités. Alors, sachez faire le tri dans le maquis des gâteries.
Pour un peu, il pourrait y avoir confusion, projection... Bébé n’a pas encore un an, et comme nous fêtons quand même un peu, en marge des agapes et des cadeaux, la naissance d’un autre bébé célèbre, prenez garde à ne pas placer nu le vôtre dans la paillasse du petit Jésus...
Chacun sa crèche. Car, il se passe quelque chose d’étrange dans les têtes, ce premier Noël du pitchoun. Il y a un peu de Joseph dans chaque père et un peu de Marie dans chaque mère. Entre un âne et un zébu imaginaires, il se trame comme un remake de l’avènement originel. Mais le lm s’arrête là.
Les rushes ont été réalisés dans les magasins. L’irrépressible tentation est celle de vouloir couvrir de cadeaux, d’inonder de layettes, de jouets éducatifs bruyants, le nouveau venu au sein de la maison. Il s’agit d’une première fois, et comme toute première fois, elle doit être magni ée. Le nourrisson en vit une succession ininterrompue, depuis qu’il est sorti des entrailles de sa maman. Cette première fois-là sera forcément
remarquable. Peut-être marquante pour lui. Pas sûr. La jeune maman ne va plus savoir où donner du porte-monnaie. Le jeune père va se lâcher comme un chien fou entre les rayons du magasin de jouets. Bébé va avoir tellement de bodys avec deux pressions entre les jambes que papa ne saura plus lequel choisir, lorsqu’il achèvera de le langer.
Et il aura tant de jouets multicolores en matière plastique qu’il agitera frénétiquement, et sur lesquels il ne pensera qu’à se faire les gencives comme un chiot, que maman en aura vite marre de les ramasser sans cesse et de les reposer dans le berceau. Cheval de bois à bascule, cubes de toute taille, canard pour le bain, puzzle, voire premier téléphone portable factice en plastoc ashy !... Il aura déjà tout. Gavé comme une oie, le baby. Au point que son ou ses aînés pourraient ressembler au sapin : avoir les boules.
Gare, donc, à équilibrer chouia la esta. Statistiques, interviews, caméras cachées sont inutiles : le soir du premier Noël du petiot, le degré de gagatisme des parents au regard de merlan
béat, au rire niais, au vocabulaire soudain enrichi d’étranges gargouillis, e ectue un bond aussi vertigineux qu’un essai à Cap Canaveral. En n, avouons-le : ce premier Noël, c’est un peu celui des parents, qui font montre, plus ou moins consciemment, d’un narcissisme exacerbé. Ils photographient, lment, gâtent, gavent, gravent ainsi leur propre miroir. Alors... Arreuh ?...
C’est non seulement un best-seller absolu, mais un long-seller au succès fou. Sophie la girafe est the cadeau obligatoire. Et cela fait cinquante ans (le jouet est né le 25 mai 1961, jour de la Sainte Sophie), que ça dure. L’emblématique animal au long cou fait craquer tous les parents.
Cinquante millions de bébés
ont déjà mordu dans le
latex de Sophie !
Alors, chaussons, hochets, bavoirs, imagiers peuvent toujours faire les intéressants, ils sont relégués loin derrière la Miss.
INCREVABLE SOPHIE
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Fantasia - 12/16
Petit Bébé Noël
BABY GAGA

