Page 91 - Rebelle-Santé n° 195
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URGENCES
UN BOUTON INFECTÉ DANS LE BAS DU DOS...
... ET SI C’ÉTAIT UN KYSTE PILONIDAL ?
Situé en bas du dos, à la naissance du sillon interfessier, le kyste pilonidal ressemble à un bouton. Bénin, il peut s’infecter pour devenir handicapant.
Difficile de parler du kyste pilonidal (KP)* sans revenir sur l’em-
bryologie humaine, cette science médicale qui traite de la formation de l’embryon aux premiers stades de son développement. Dans les tout premiers jours, des grou- pements de cellules migrent au travers de l’embryon pour gagner les différentes zones dans lesquelles elles vont se développer. Le KP, un kyste « dermoïde », correspond à l’infection d’un groupement de cellules qui n’a pas migré au bon endroit. Ainsi, on peut retrouver des fragments de cheveux, de poils, de peau, de cartilage, d’os et même de dents dans un kyste ! Si le sillon inter- fessier est le plus fréquemment concerné par le kyste dermoïde – qu’on appelle alors kyste piloni- dal – d’autres régions peuvent être touchées par ce type de kystes, comme la queue du sourcil.
HOMMES JEUNES SURTOUT
Le KP concerne plutôt les hommes jeunes, a fortiori en surpoids. Les KP sont loin d’être rares et sont la cause de 20 000 interventions chirurgicales par an. On estime en effet leur fréquence à 1 % chez les hommes et 0,1 % chez les femmes.
SILLON INTERFESSIER
Le KP siège dans le derme pro- fond, autrement dit juste avant la couche graisseuse sous-cutanée, au niveau du sillon interfessier, au-dessus de l’anus. En pratique, le KP est circonscrit par une petite enveloppe. Outre les débris déjà cités, il est empli d’une matière de couleur jaune ou blanc-jaunâtre,
de consistance pâteuse, à l’odeur rance assez caractéristique. Les KP peuvent mesurer de quelques mil- limètres à plusieurs centimètres.
RISQUE INFECTIEUX
Si de nombreux KP restent silen- cieux du fait de leur petite taille, d’autres au contraire deviennent symptomatiques. Sous pression, certains kystes peuvent s’ouvrir spontanément. D’autres s’in- fectent et donnent lieu à un abcès (KP purulent) ou à une fistule (dif- fusion à distance par la formation d’un canal). La peau alentour devient inflammatoire (rouge). Du fait de sa localisation, la position assise peut être inconfortable et parfois très douloureuse.
INTERVENTION CHIRURGICALE...
Inutile de percer le KP et d’évacuer son contenu par pression entre deux doigts pour espérer régler le problème, d’autant que l’ouverture « sauvage » du kyste risque de pré- cipiter l’infection. Le traitement du
KP passe par une intervention chirurgicale destinée non seu- lement à évacuer le contenu du kyste, mais aussi et surtout à supprimer l’enveloppe. En effet, le risque est la récidive, fréquente, même après une in- tervention chirurgicale (5 % de récidives). En général, l’incision se pratique au bloc opératoire et sous anesthésie générale.
... ET SUITES PARFOIS UN PEU COMPLIQUÉES
Du fait de la proximité avec l’anus, le chirurgien ne referme pas complètement la plaie afin de permettre l’évacuation des sécrétions purulentes et de ne
pas prendre le risque d’une surin- fection. D’où un inconfort pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la plaie restant béante parfois. À ce stade, les antibiotiques sont nécessaires et l’hygiène et les soins locaux doivent être draconiens. L’application d’une crème cicatri- sante, genre Cicalfat, peut accélérer le retour à la normale.
Dr Daniel Gloaguen
* On parle parfois de sinus pilo- nidal ou encore de kyste sacro- coccygien.
KYSTES SÉBACÉS
Contrairement à une idée reçue, et même s’ils se déve- loppent dans des régions riches en sébum (régions séborrhéiques), les KP ne sont pas des kystes sébacés qui correspondent à une ac- cumulation de sébum, cette substance grasse destinée à protéger la peau.
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