Page 93 - Rebelle-Santé n° 195
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ALTERNATIVE
Le Phare, grand bâtiment aux allures modernes dressé face à la mer, n’a rien d’un hôpital. Portes colorées, dessins aux murs, grandes ouvertures sur l’extérieur, tout est fait pour que les jeunes s’y sentent bien. « Parmi les enfants qui partent, certains sont en cours de chimiothérapie, à trois mois de leur greffe de moelle... et ils font 5 minutes au test de gainage ! » Pour Frédéric, la clef de la réussite pour faire passer la pilule d’un entraînement exigeant est la motivation que suscite chez les enfants la perspective de partir dans la taïga finlandaise.
Parcours musclé tout sourire
Les larges épaules de Frédéric trahissent son passé sportif. Jouant d’une main avec sa chaîne dorée, l’ancien skipper professionnel plonge dans ses souvenirs. Lors de sa première visite en hôpital, il avait été frappé par l’immobilité des enfants sous traitement. « Je me suis alors demandé si on pouvait les préparer physiquement et mentalement à leur parcours thérapeutique, comme les sportifs de haut niveau abordent des épreuves de compétition, avec pour objectif que l’enfant ait le plus de ressources possible au moment où il attaque la chirurgie. »
Et il joint l’acte à la parole.
En 2004, il approche le docteur Jean-Claude Gentet, pédiatre-oncologue au CHU La Timone de Marseille. Sur le moment, l’idée d’inciter les enfants malades à faire du sport apparaît comme un véritable défi au scientifique : « Pendant très longtemps, les enfants atteints de cancer ou sous chimiothérapie passaient pour des enfants très fragiles, qu’il fallait protéger de tout, y compris des activités physiques. » Mais il mesure la potentialité du projet et décide de rejoindre l’association. Petit à petit, Sourire à la Vie met en mouvement les enfants hospitalisés au service d’oncologie pédiatrique de La Timone, épaulée par l’équipe médicale. Les résultats sont positifs, l’opération connaît un certain succès et 10 ans plus tard, l’association se dote de son propre lieu d’accueil, le Phare des Sourires.
« Les outils du sport de haut niveau se sont révélés d’emblée très utiles, remarque le Dr Gentet, ils ont permis d’accompagner les enfants de façon adaptée et pertinente, en termes de préparation physique et psychologique, d’imagerie mentale et de régime diététique ». En effet, à la perte d’appétit, la fatigue physique et la dépression de la chimiothérapie, le sport répond faim, énergie et courage.
Quatre mille lieues sous les neiges
Pas à pas, les enfants laissent derrière eux leur chambre stérile, puis l’univers clos de l’hôpital, pour finir par quitter la ville et la terre ferme. « Au début, nous partions en séjour de ski ou en bateau, un jour ou deux, puis une semaine, se souvient Jean-Claude Gentet, et puis nous avons constaté que les enfants tenaient le coup et même progressaient, que les parents étaient ravis et demandaient à nous accompagner. Donc on a continué ! »
En 2013, puis en 2015, l’association organise deux séjours en immersion dans le Grand Nord canadien. Pendant 10 jours, les enfants se préoccupent exclusivement de leurs chiens de traîneau et d’allumer un feu pour cuisiner. Une fois encore, les résultats sont concluants.
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