Page 65 - Rapport d'étonnement Miami
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Luxe automobile, un désamour à la française
La France a longtemps été réputée pour ses modèles prestigieux, Bugatti, Delage, Delahaye ou Talbot, qui incar- naient l'ultra-luxe et l’élégance il y a un siècle... Mais à la sortie de la seconde guerre mondiale, le gouvernement préfère relancer l'automobile populaire, avec la démocratique Renault 4CV
ou l’élégante Peugeot 203. Dans les années qui suivent, les marques de luxe hexagonales vont disparaître dans l’indifférence, tandis que des taxes indexées sur la puissance des véhi- cules brident le marché et les velléités d’investir dans le segment supérieur.
Le premier choc pétrolier de 1973 façonne une nouvelle génération de véhicules, encore déclinés aujourd'hui. Depuis, ce sont les constructeurs allemands qui dé nissent les stan- dards du haut de gamme, aidés dans leur dynamisme par la dé scalisation
des grosses cylindrées sur le marché domestique. Certes Renault, Peugeot et Citroën ont essayé de se relancer dans le segment avec quelques succès d’estime : la DS de Rabbi Jacob, la Ci- troën SM avec son moteur Maserati, ou la 604 rallongée. Objectif : augmenter les marges, redorer l'image de marque et partir à la conquête de nouveaux marchés avec de petits volumes. Mais depuis les années 90, les construc- teurs tricolores ont quasiment abandon- né le terrain, faute de références et de marché intérieur suf samment solide. Car s’imposer dans le luxe nécessite des investissement soutenus sur la durée, un renouvellement des véhicules tous les cinq ou six ans, de bons mo- teurs, une personnalisation poussée ; et également une image, ce qui prend le plus de temps à installer, et coûte
le plus cher. Paradoxe ultime pour un pays qui est numéro 1 des produits de luxe : il s'y vend aujourd’hui moins de Ferrari, Aston Martin, McLaren, Bentley, Bugatti, Lamborghini, Rolls-Royce, Porsche ou Maserati qu’en Allemagne, qu’en Grande-Bretagne et même qu’en Italie...
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