Page 6 - Madame K. (Nouvelle SCI)
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L’Extraordinaire Épopée de Mme K.
- Voyez-vous, peut-être bien qu’ils sont parmi nous et que nous ne le savons pas, que nous nous n’en apercevons même pas, je veux dire, à l’œil nu.
C’est au tour de la dame blonde de rire.
- Bêtises que cela ! Voyons, qu’est-ce qui vous arrive ? Ressaisissez-vous, très chère. Les hommes sont morts. Morts et bien morts. Plus de traces, plus de sexe, plus d’ennuis. Voici la nouvelle donne de notre monde : pureté. Et moi je dis : Goodbye, Satan ! Le meilleur des mondes a pris naissance quand eux ont disparu. Au début, souvenez-vous, tous n’étaient pas comme ça. C’est ce climat malsain et bizarre qui a rendu peu à peu le meilleur des chiens plus féroce qu’un pitbull à trois têtes. Tous ont eu l’idée de tuer, broyer, annihiler la gent femelle. Croyez-moi, Mesdames, il ne reste absolument plus rien de cette race au virus destructeur si contagieux. Le plus embêtant a été de détruire tout le côté moral des choses, tous les mots, toutes les pensées masculines. Surtout, le plus dur pour nous, tuer l’image même des hommes afin que nos filles et les autres femmes ne soient plus perturbées la nuit par d’étranges visions, par des sensations intérieures qui n’étaient plus convenables de ressentir. Alors, chère Madame, chère Mademoiselle, finis les fantasmes avec son professeur de philo fou de Nietzsche, finies les caresses en arabesque avec son amour de dessinateur, finies les promenades silencieuses avec son musicien, finis les couchers de soleil au bord de mer qui trempaient dans ses beaux yeux noirs comme deux croches faisant la course sur une partition de sable, course qui s’achevait inévitablement sur un couac énorme, finies les engueulades à répétition avec cet étudiant en histoire, tout ça parce que sa libido laissait franchement à désirer, et