Page 62 - Black Beautés Magazine
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ÊTRE MÈRE DÉPASSE



                        LA SIMPLE BIOLOGIE ET



                                             L’AFFECTIF




             Elles tiennent debout.
             Même quand tout vacille.
             Dans  les  récits  dominants,  la  maternité
             est   souvent     racontée      comme      une
             évidence  douce,  presque  naturelle.  Une
             suite  logique,  une  continuité.  Mais  pour
             beaucoup de femmes noires, notamment
             au  sein  de  la  diaspora,  être  mère  n’a
             jamais été une simple fonction biologique

             ou  affective.  C’est  un  rôle  chargé.
             Historique. Politique.

             Être mère noire, c’est porter bien plus qu’un
             enfant. C’est porter une mémoire.
             Une  mémoire  faite  de  déplacements,  de  ruptures,
             d’adaptations  permanentes.  Qu’elles  soient  nées  à
             Dakar,  Pointe-à-Pitre,  Abidjan,  Bruxelles  ou  en
             banlieue  parisienne,  ces  femmes  ont  en  commun
             une capacité à absorber les chocs sans jamais cesser
             d’avancer.
             Elles  sont  souvent  les  premières  à  se  lever,  les
             dernières à s’arrêter.
             Celles qui organisent, anticipent, réparent.
             Mais derrière cette image de pilier, une autre réalité
             se dessine plus silencieuse.
             Car  être  forte,  pour  une  mère  noire,  n’est  pas
             toujours un choix.
             C’est une injonction.

             Très  tôt,  elles  apprennent  que  faillir  n’est  pas  une  Dans  l’intimité,  certaines  racontent  la  fatigue.  La
             option.  Qu’il  faut  tenir,  pour  les  enfants,  pour  la  solitude.  Le  sentiment  d’être  constamment  en
             famille,  pour  l’image.  Dans  des  sociétés  où  elles  représentation.  D’autres  évoquent  les  sacrifices
             doivent   déjà   composer    avec    des   formes     invisibles : carrières mises en pause, rêves différés,
             d’invisibilisation,  de  racisme  ou  de  précarité,  la  ambitions réajustées.
             maternité  devient  un  espace  supplémentaire  de
             pression.                                             Mais  elles  parlent  aussi  d’amour.  D’un  amour
                                                                   profond, viscéral, qui dépasse les mots.
             Tout, en même temps.                                  Un  amour  qui  se  traduit  dans  les  gestes  du
             Et  pourtant,  peu  de  place  est  laissée  à  leurs  quotidien: coiffer des cheveux pendant des heures,
             fragilités.                                           répéter  des  conseils,  surveiller,  protéger,  pousser
             Qui écoute ces femmes quand elles doutent ?           vers l’excellence.
             Qui  leur  permet  d’être  autre  chose  que  des  figures
             de résilience ?
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