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Discours sur le colonialisme
Au fait, le dossier est accablant.
Un rude animal qui, par l’élémentaire exercice de sa vitalité, répand le sang et sème la mort, on se souvient qu’historique-
ment, c’est sous cette forme d’archétype féroce que se manifesta, à la conscience et à l’esprit des meilleurs, la révélation de la société capita- liste.
L’animal s’est anémié depuis ; son poil s’est fait rare, son cuir décati, mais la férocité est restée, tout juste mêlée de sadisme. Hitler a bon dos. Rosenberg a bon dos. Bon dos Junger et les autres. Le S.S. a bon dos.
Mais ceci :
« Tout en ce monde sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme. »
C’est du Baudelaire, et Hitler n’était pas né !
Preuve que le mal vient de plus loin.
Et Isidore Ducasse, comte de Lautréamont !
À ce sujet, il est grand temps de dissiper l’atmosphère de scandale
qui a été créée autour des Chants de Maldoror.
Monstruosité ? Aérolithe littéraire ? Délire d’une imagination
malade ? Allons donc ! Comme c’est commode !
La vérité est que Lautréamont n’a eu qu’à regarder, les yeux dans les
yeux, l’homme de fer forgé par la société capitaliste, pour appréhender le monstre, le monstre quotidien, son héros.
Nul ne nie la véracité de Balzac.
Mais attention : faites Vautrin, retour des pays chauds, donnez-lui les ailes de l’archange et les frissons du paludisme, faites-le accompa- gner, sur le pavé parisien, d’une escorte de vampires urugayens et de fourmis tambochas, et vous aurez Maldoror.
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