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international
S. Kaplan. Jack Lang en devient le vice-président. « Le livre comme rempart
J’ai accompagné le lancement. Puis j’ai estimé que Il revient sur l’une de ses réformes majeures : le prix unique
d’autres devaient poursuivre. » Aujourd’hui, la du livre. « Sans cette loi, les supermarchés auraient dominé.
présidence est assurée par Bariza Khiari, aux côtés Le livre serait devenu un produit comme un autre. »
du directeur exécutif Valéry Freland. « Ce sont eux Bibliothèques publiques et librairies indépendantes forment,
qui portent désormais cette mission ». selon lui, un équilibre vital.
Une œuvre collective en mouvement Abolir les frontières entre les arts
Dès ses débuts, ALIPH mobilise États, fondations « Il n’y a pas d’arts majeurs ou mineurs. » Cirque, cinéma,
et mécènes. Une levée de fonds organisée au Louvre théâtre, photographie : toutes les formes de création méritent
rassemble des personnalités internationales, dont reconnaissance. « La culture est un tout ».
le prince Badr bin Abdullah bin Farhan Al Saud. «
Nous avons voulu passer immédiatement à l’action. L’école, premier lieu de culture
» Aujourd’hui, l’organisation agit en zones de conflit, « Le premier ministère de la culture, c’est l’éducation. » Sous
mais aussi face aux effets du changement climatique. le gouvernement de Lionel Jospin, il lance un vaste plan
Une exposition consacrée à ALIPH est d’ailleurs en d’éducation artistique, avec notamment Claude Mollard,
préparation à l’Institut du monde arabe, sous la expert en ingénierie culturelle, « Il fallait que chaque enfant
direction d’Élodie Bouffard. rencontre l’art. »
Ce que l’on perd quand tout disparaît. Que perd La lumière du Sud
l’humanité lorsque le patrimoine disparaît ? Son regard se fait plus intime. « Très jeune, je suis parti seul
Jack Lang ralentit. « Toute œuvre d’art est un découvrir les pays dont parlaient les livres. » Italie, Grèce,
témoignage de l’humain ». Ce qui disparaît, ce Égypte, Liban. « Il y a la lumière du Sud. Une lumière qui
ne sont pas seulement des pierres ou des objets. transforme tout ».
Ce sont des mémoires. Des racines. Des langues
silencieuses. « Quand un site est détruit, c’est une Le Nord comme idéal
part de notre humanité qui s’efface. » Il évoque aussi les pays scandinaves, leur modèle social, et
la figure de Olof Palme. Le cinéma d’Ingmar Bergman, plus
L’art peut-il sauver le monde ? sombre, plus introspectif, complète cet imaginaire.
« Non ». La réponse est nette. Puis, vient la nuance
: « Mais il est indispensable. » Dans un monde Les langues, clés du monde
qu’il décrit comme « bouleversé », marqué par les Jack Lang confie son regret de ne pas avoir pleinement maîtrisé
violations du droit international, l’art devient une l’arabe. « C’est une langue magnifique, mais exigeante. » Il
forme de résistance. « Le non-respect du droit, c’est plaide pour un apprentissage précoce : « L’oreille est à son
toujours le début du désordre. » apogée avant douze ans. Il faut apprendre tôt. »
Trafics et prédations Vous êtes un créateur, un intellectuel…
Le patrimoine est aussi menacé par des circuits Patrimoine en péril, art en résistance, d’où vous vient cette
clandestins. intuition face au chaos du monde ? Il sourit, presque gêné.
« Il existe un trafic illicite considérable, notamment « Oui, je fonctionne à l’intuition ». Les idées viennent,
en temps de guerre. » ALIPH agit également pour simplement. Sans calcul. Sans stratégie apparente. La
sécuriser les œuvres et soutenir les professionnels conversation s’achève doucement. Dans la lumière déclinante,
du patrimoine. Jack Lang parle encore de voyages, de langues, de paysages.
Du Sud, surtout. De cette lumière qui éclaire les pierres, les
{{Une culture pour tous. Peut-on parler d’un visages, les œuvres. Et peut-être, au fond, les consciences.
affaiblissement du niveau culturel ?}} Chez lui, la culture n’est jamais un discours. Elle est une
manière d’être au monde. Une exigence. Une transmission.
Jack Lang refuse les généralisations. « Il y a des Un lien. À travers les institutions qu’il a créées, les politiques
fragilités, oui. Mais regardez ce qui a été construit. qu’il a portées, les élans qu’il a initiés, se dessine le parcours
» Partout en France, un maillage culturel dense s’est d’un homme qui aura consacré sa vie à défendre une idée
développé : théâtres, écoles d’art, bibliothèques. « simple et pourtant essentielle : la culture comme bien
Dans les quartiers populaires, des milliers de jeunes commun. Comme mémoire. Comme lumière à préserver.
font du théâtre, du cinéma, de la danse. C’est une
transformation profonde. » Fatima Guémiah
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