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Selon une conception ancienne, un poème est une peinture invisible et une peinture un poème visible.
QKuo Hsi (Dynastie Sung 960-1279)
uel poème inspire ce tableau ?
Serait-ce au sujet d’un oiseau, d’une eur, d’une femme ?
De toutes façon, c’est un tableau défendu, protégé car la « chose » est visionnée au travers d’un trou de serrure circulaire !
Sombre sur lumière .
Laissons-nous porter par notre synesthésie naturelle devant le passage rapide d’un gorille de montagne. Le superbe dos argenté laisse dans nos pupilles des traces de scintillement, d’étincelles de poudre à frimas comme une lente pluie de cristaux de neige silencieux. Ses bajoues bleues laissent passer une langue insolente et traîne derrière lui un trophée victorieux : des sombres brassées orales, gigantesques traces de boues turquoises sur une terre brûlée et carrés jaunes frémissants.
Éclipse de chair mauve et rose, météore d’éventail à plumes, senteurs boisées crépusculaires.
Il emmène un butin humain sur son dos.
Des jambes féminines émergent de ce qui reste de loques frangées, déchirées, plumées comme un colibri hors d’haleine.
Scène parme qui nous pâme d’un bonheur jubilatoire.
Qu’en pensez-vous ? Je ne voie pas cela !
Ce serait plutôt un King-Kong nouvelle génération, insolent, dénué d’érotisme, qui nous tire la langue d’une façon diabolique, comme s’il nous donnait une paire de baffes pour ne pas avoir su protéger sa forêt.
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