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MONDE ARABE                                                                          9


                                                                                                                                     Jeudi 07 Novembre 2019
                                                             Syrie                                                        Yémen


             RAPATRIEMENT EN URGENCE                                                                                      Gouvernement et
                                                                                                                          séparatistes signent

                  DES ENFANTS ÉTRANGERS                                                                                   un accord de partage

                                                                                                                          du pouvoir dans le Sud
                   Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a indiqué lundi que la dernière escalade            Le gouvernement yéménite reconnu par
                 de la violence dans le nord‐est de la Syrie rend "encore plus urgent" le rapatriement des enfants        les Nations unies devrait retrouver sa
                                                étrangers bloqués dans la région.                                         base arrière dans la ville d’Aden en
                                                                                                                          échange de l’intégration de séparatistes
                                                                                                                          en son sein.
                                                                                                                          Communiquée par le palais royal saou-
                                                                                                                          dien à l’Agence France-Presse, cette
                                                                                                                          photo montre les dirigeants de l’Arabie
                                                                                                                          saoudite, des Emirats arabes unis et du
                                                                                                                          Yémen lors de la signature de l’accord de
                                                                                                                          paix, le 5 novembre. BANDAR AL-JA-
                                                                                                                          LOUD / AFP
                                                                                                                          Le gouvernement yéménite reconnu par
                                                                                                                          la communauté internationale a signé à
                                                                                                                          Riyad, mardi 5 novembre, un accord de
                                                                                                                          partage du pouvoir avec les séparatistes
                                                                                                                          pour mettre fin à un conflit dans le sud
                                                                                                                          du Yémen, pays dévasté par une guerre
                                                                                                                          aux fronts multiples.
                                                                                                                          L’accord prévoit, selon des sources poli-
                                                                                                                          tiques yéménites et saoudiennes, d’inté-
                                                                                                                          grer des séparatistes membres du
                                                                                                                          Conseil de transition du Sud (STC) au
                                                                                                                          gouvernement et le retour de celui-ci à
                                                                                                                          Aden, la grande ville du Sud.
                                                                                                                          Les forces séparatistes du STC ont pris en
                                                                                                                          août le contrôle d’Aden, qui était deve-
                                                                                                                          nue la base de repli du gouvernement
                 es gouvernements natio-  les enfants.            kiens, sont toujours piégés  protection adéquats. A ce  après son expulsion de la capitale, Sanaa
                 naux ont maintenant la  La Directrice exécutive de  dans le nord-est de la Syrie,  stade, l’UNICEF fait état, dans  (dans le nord du pays), en 2014, par les
            Lresponsabilité et la possi-  l’UNICEF, Henrietta Fore, a in-  principalement dans des camps  un communiqué, du rapatrie-  rebelles houthis venus du nord du
            bilité de faire ce qui s'impose et  vité les gouvernements à "veil-  de déplacés internes. Plus de  ment de plus de 650 enfants  Yémen.
            de ramener ces enfants et leurs  ler au rapatriement sûr, digne  80% de ces enfants ont moins  originaires d’au moins 17 pays.  Les séparatistes sudistes sont en principe
            parents chez eux, où ils pour-  et volontaire des enfants étran-  de 12 ans et la moitié a moins  Beaucoup d’entre eux vivent  alliés des forces progouvernementales
            ront recevoir des soins adé-  gers vers leur pays d’origine",  de 5 ans. Au moins 250 gar-  maintenant avec des membres  dans la guerre livrée depuis 2014 contre
                                                                                                                          les rebelles houthis avec le soutien d’une
            quats et être à l'abri de la  conformément à l’intérêt supé-  çons, dont certains n’ont que  de leur famille, y compris, dans
                                                                                                                          coalition militaire dominée par l’Arabie
            violence et des abus", a déclaré  rieur de l’enfant. Selon les esti-  neuf ans, sont détenus, bien  certains cas, leur mère qui est
            l’UNICEF, soulignant que la pré-  mations de l’agence onusienne,  que le nombre réel soit proba-  rentrée avec eux. Les enfants  saoudite. Mais des combats meurtriers
            servation de l’unité familiale et  près de 28.000 enfants origi-  blement beaucoup plus élevé.  sont en sécurité, vont à l’école  ont opposé les deux camps dans le Sud
            le principe de non-refoulement  naires d’une soixantaine de  Pour l’UNICEF, ces enfants ont  et se remettent de leurs expé-  ces derniers mois, ouvrant un nouveau
            sont essentiels pour protéger  pays, dont près de 20.000 Ira-  un besoin urgent de soins et de  riences de guerre.  front dans le conflit.
                                                                                Irak
                L’influence iranienne, cible de la colère des manifestants


            Les manifestants irakiens, engagés dans un  l’Iran) chez son voisin. Desdirigeants chiites,  toute ambition de Téhéran qui vise à garder  part proches de l'Iran, lors d’une vague de
            bras de fer avec la classe politique depuis  souvent exilés en Iran, dominent alors le  sous son contrôle le pouvoir et l’élite poli-  protestations contre la corruption et la dé-
            le 1er octobre, entendent poursuivre leur  nouveau pouvoir installé à Bagdad.  tique du pays".              liquescence des services publics.
            mouvement jusqu’à "la chute du régime",  Dans les manifestations qui ont provoqué  Dans la nuit du 3 au 4 novembre, dans la  "Pourquoi l’Iran est-elle à ce point visée par
            jugé corrompu et à la solde de l’Iran.  la mort de 270 personnes depuis le 1er oc-  ville sainte chiite de Kerbala, à 100 kilomè-  les manifestants ? Parce que la République
            Alors que la contestation contre le pouvoir  tobre à Bagdad et dans le sud du pays,  tres au sud de Bagdad, des protestataires  islamique a infiltré la classe politique et la
            s'est durcie en Irak, avec de nouvelles vic-  l’hostilité contre la République islamique se  ont tenté d'incendier le consulat d'Iran. Ils  société irakienne partout dans le pays, de
            times parmi les manifestants et une grève  retrouve dans les slogans scandés par les  ont déployé des drapeaux irakiens sur le  Nadjaf à Souleimaniye, et de Bassora à
            générale qui paralyse le pays, la colère de  protestataires. En plus de leurs revendica-  mur d'enceinte du bâtiment oùils ont écrit  Erbil, les Iraniens se sont déployés dans la
            la rue cible de plus en plus le puissant voi-  tions économiques et sociales, ils disent  "Kerbala libre, Iran dehors", Quatre mani-  totalité du corps social irakien à travers des
            sin iranien. Y compris dans le sud du pays,  vouloir se débarrasser de la présence ira-  festants ont été tués lors de ces évène-  centres éducatifs et culturels, des consulats
            majoritairement chiite.             nienne dans le pays et d’un "régime mis en  ments.                      et des universités", indique à France 24
            Soutien de plusieurs partis politiques et  place par Téhéran".          Lundi, des heurts meurtriers ont éclaté  Adel Bakawan, directeur du Centre de so-
            groupes armés irakiens, dont certains sont  "La République islamique a infiltré la classe  dans la capitale, sur des ponts menant à  ciologie de l’Irak, Université de Soran et au-
            membres de la coalition gouvernementale,  politique et la société irakienne"  l'ambassade d'Iran, le siège du gouverne-  teur de "L’Impossible État irakien", publié
            comme le Hachd al-Chaabi, un groupe-  "On assiste actuellement à une révolution  ment et les ministères des Affaires étran-  en mars 2019 aux Éditions L’Harmattan.
            ment de paramilitaires dominé par les mi-  qui va rebattre toutes les cartes dans le  gères et de la Justice.  Et d’ajouter : "il existe plus d’une soixan-
            lices chiites, l’Iran est accusée d’ingérence  pays et dans la région, et c’est une menace  Ce n’est pas la première fois que la main-  taine de milices institutionnalisées dans le
            dans les affaires du pays.          réelle pour l’Iran qui détient le pouvoir en  mise iranienne, également pointée par les  pays, et près de 80 % d’entre elles sont pro-
            Après la chute du régime totalitaire de Sad-  Irak depuis 2003, explique à France 24 l’his-  Occidentaux, est dénoncée en Irak. En sep-  iraniennes et soutenues par Téhéran. Or,
            dam Hussein en 2003, provoquée par l’in-  torien Omar Mohammed, créateur du blog  tembre 2018, à Bassora, dans le sud chiite,  aujourd’hui, ce n’est qu’en passant à travers
            vasion américaine, Téhéran a étendu son  "Mosul Eye". À travers leurs slogans et leurs  des centaines de manifestants avaient mis  le filtre milicien qu’un jeune Irakien peut
            influence politique et économique (l’Irak  actions, les manifestants expriment leur  le feu au consulat iranien et s’en étaient pris  espérer avoir une perspective d’emploi et
            est le premier partenaire économique de  rejet de l’influence iranienne, mais aussi de  à des partis et groupes armés pour la plu-  une reconnaissance sociale".
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