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             Lundi 17 Févrierr 2020
                                                              Festival international du théâtre de Bejaia
                     Tizi Ouzou

             Projection en avant               LA PIÈCE "TMENFLA" DU THEATRE

             première nationale

               de "vent divin" de           D'OUM-EL-BOUAGHI EN OUVERTURE

              Merzak Allouache
                                          La pièce «Timenfla» (Les nouaisons) du théâtre régional d’Oum-el-Bouaghi, à ouvert, ce samedi soir au théâtre
            Le dernier film long métrage
                                                   « Abdelmalek Bouguermouh » la 10eme édition du festival international du théâtre de Bejaia.
            du réalisateur Merzak Al-
            louache "vent divin", a été pro-    n choix manifeste-                                                                   entre l’attirance et la répul-
            jeté  en  avant  première           ment bien inspiré,                                                                   sion, les humiliations et les
            nationale à la cinémathèque   Upuisque la repré-                                                                         résistances, les délires et
            de Tizi-Ouzou, en présence du  sentation a séduit au-delà                                                                les résignations achevant
            réalisateur. L'oeuvre d'une   de toute attente, malgré le                                                                et abandonnant ses chro-
            heure et 36 mn, en noir et    handicap de la langue, la                                                                  niques au milieu du gué, si
            blanc, dissèque la tragédie du  pièce ayant était joué en-                                                               bien que dans l’histoire, il
            terrorisme, vécue par l'Algérie  tièrement en Chaoui.                                                                    n’est décelé aucun fil
            dans les années 1990, à travers  «Je n’ai rien compris au                                                                conducteur. Et par lassi-
            le destin tragique de deux    texte. Mais, j’ai été impres-                                                              tude, embourbé dans ses
            jeunes, Amine et Nour, obnu-  sionné par le jeu et la per-                                                               idées noir et inachevé, il se
            bilés par le radicalisme reli-  formance des comédiens                                                                   donne la mort et laisse
            gieux et destinés au sacrifice.  », confiera à l’APS, une re-                                                            tomber le rideau sur ses
            Amine, incarné par Oughlis    présentante de la déléga-                                                                  personnages qui ne sont
            Mohand, personnage "effacé"   tion Française, visiblement                                                                au bout du compte que le
            parvient grâce à son attache-  émue, et qui à l’instar du  et mise en scene par Lah-  questionnements d’ordre  franchissement. Concrète-  produit de son esprit foi-
            ment à la vie et son refus de  reste des représentants  cene Chiba, est à dans son  existentiels. La temporalité  ment la pièce est atempo-  sonnant. Que remplie de
            mourir à  tenir tête à Nour,  Sénégalais voisins, ont fait  emballage général , une  avec la décennie noir , en  rel et sans géographie. Et  cadavres à cause des luttes
            campée par Sarah Laysac       montre  d’un  enthou-  émouvante tragédie. Sa  fait, n’est qu’ repère de si-  pour cause :Il ne traite pas  pour le pouvoir qu’elle
            (franco-algérienne) qui était  siasme a tout rompre en  trame et ses nouaisons  tuation, dans une chro-  de faits réels mais rend  aborde et des sentiments
            elle "une machine de guerre".  fin de spectacle. Quant au  s’articulent sur les péripé-  nique qui croque, au  compte de l’effort onirique  contraire qu’elle cristallise
            Un clin d'œil au radicalisme  public Bejaoui, visiblement  ties d’un jeune couple, ha-  demeurant, tous les ra-  et d’imagination d’un his-  dans toutes les strates so-
            qui touche aussi la gente fémi-  mieux loti en terme de  bitant  en  raison  tages socio-politiques sur-  torien, à l’esprit trouble, in-  ciales (familles amis et voi-
            nine. Lors du débat ayant suivi  compréhension, mais sans  campagne, et qui soudain  venues sur la scène  capable de cerner les  sins),  la  pièce  qui
            la projection, Allouache qui a  tout appréhender il s’est  par l’effet magique du  nationale depuis l’indé-  mutations de la société  emprunte largement au
            avoué être resté sur sa faim en  littéralement fendu la rate,  théâtre devient le centre  pendance, expliquera un  dans laquelle il vit, notam-  théâtre de l’absurde la
            n'ayant pas pu tourner cer-   tant l’œuvre respirait la  du monde. Des citoyens  membre de la troupe , qui  ment ses influences, ses  pièce est décliné dans des
            taines séquences, a indiqué   farce et le bon mot.  de tout bord, notamment  trouve que le fil tel qu’il a  tyrannies, sa fragilité et ses  effets loufoque et baroque
            avoir voulu revenir à travers ce  Récipiendaire, en 2018, du  durant la période noir du  été dressé est commun a  délires. Il est proie aux  absolument décoiffant. Un
            film sur " le spleen de la jeu-  prix de la meilleure pièce  terrorisme, y débarque  tous les pays qui ont  doutes a chaque fois qu’il  Magnifique spectacle en
            nesse qui veut se battre mais  au 8eme festival du théâ-  pour exposer leur propre  connu la nuit coloniale et  tente de conceptualiser  somme soutenu par des
            pas mourir". S'agissant du    tre amazigh de Batna, la  drame de la vie et y cher-  qui ont du faire dans la  des rapports de forces et  comédiens en possession
            choix noir et blanc, il a affirmé  pièce écrite par Ali Tamer  cher des réponses à des  douleur leur effort d’af-  comprendre l’alternance  de tout leur art.
            que " c'est un choix personnel                                            Tiwizi en Kabylie
            pour éviter de verser dans le
            folklore et l'exotisme de la           Les chants des cueilleuses d’olives,
            beauté du Sahara et d'oublier
            ce que je voulais dire à travers
            le film".                                       un patrimoine à sauvegarder
            Affirmant s'inscrire dans "un ci-
                                          A Tizi-Ouzou, même si «Tiwizi» ou  piste agricole mal entretenue  et  sentir la fatigue», a observé  Djo-  cela se faisait jadis», ont-elles ob-
            néma de la simplicité qui va à
                                          la «Touiza» existe encore à travers  caillouteuse mène vers le verger.  her.  «Aujourd’hui, les gens sont  servé. Durant la «décennie noire»,
            l'essentiel pour décrire la so-
                                          plusieurs villages de la wilaya, les  Les branches des oliviers sont  pressés, ils arrivent aux champs,  lorsque les oliveraies étaient qua-
            ciété algérienne", le réalisateur
                                          chants traditionnels, appelés  chargées de fruit murs qui n’at-  placent les  filets et entament ra-  siment  désertées pour cause
            de Omar Guetlatou a déploré
                                          «Ichewwiqen» ou «Izlan» inter-  tendent qu’à être cueillis. Des  pidement la cueillette dans la pré-  d’insécurité, les voix de femmes
            par ailleurs, "la réalité du ci-
                                          prétés principalement par les  femmes se  chargent de ramasser  cipitation, et les  chants sont  se sont tues à  travers les olive-
            néma national qui, malgré, les
                                          femmes lors de  ces volontariats,  les fruits tombés au sol avant de  devenus rares et sont interprétés  raies de la wilaya. Pendant cette
            moyens mis dans la produc-
                                          n’accompagnent plus les longues  poser les filets  sous les arbres à  à voix basse», a-t-elle  regretté.   période, s’est produite  une véri-
            tion d'un cinéma d'événe-
                                          et épuisantes journées de  cueil-  récolter. On installe les filets et les  Le soleil, une fois au zénith, ré-  table cassure. Non seulement les
            ments manque de l'essentiel :
                                          lette, et les oliveraies sont deve-  hommes grimpent aux arbres  chauffe le verger et emporte avec  chants n’étaient plus interprétés
            La disponibilité de salles pour
                                          nues tristement silencieuses.   pour cueillir, à  la main, les olives,  lui le  froid glacial du matin. Les  mais aussi la relève n’était pas
            la diffusion".
                                          Faisant vraisemblablement l'ex-  une opération appelée «Achraw».  Iwiziwen (volontaires) se déten-  formée et les jeunes filles n’ont
            A ce propos, Salim Aggar, di-
                                          ception, la région de Bouzguène  Des femmes participent  aussi à  dent et les voix  des femmes, qui  pas pu  apprendre ces chants tra-
            recteur du centre algérien de
                                          continue de  perpétuer ce legs  cette opération et certaines grim-  chantent en ch£ur lorsque l’Izli  ditionnels alors que des «ichwwi-
            cinématographie (CAC), pré-
                                          ancestral. C’est précisément dans  pent aux arbres, mais souvent,  (poème) est connu par les  autres  qen» sont tombés  dans l’oubli,
            sent à cette projection, a indi-
                                          le village Sahel, qui a  remporté le  lorsque les hommes sont pré-  femmes, montent crescendo,  ont expliqué les femmes de Sahel.
            qué que son organisme
                                          prix Rabah Aissat du village le  sents, elles se chargent des  couvrant l’ambiance joyeuse, faite  Même si l’interprétation des
            organisera prochainement des
                                          plus propre pour l’édition  2019,  branches proches du  sol.   de  rires et de boutades que les  «Izlan» est libre et n’obéit pas à
            cycles de projection des oeu-
                                          à une soixantaine de kilomètres à  Le travail commence dans le si-  volontaires s’échangent. «Par le  un  enchaînement particulier,
            vres de Allouache à travers les
                                          l’extrême sud-est de Tizi-Ouzou,  lence, puis un «Achewwiq» est  passé, toutes les femmes chan-  puisque les femmes se laissent
            12 salles qu'il chapeaute à tra-
                                          que des femmes organisent en-  entonnée par  une femme à voix  taient, mais à présent elles sont  guider par leur  humeur dans le
            vers le pays.
                                          core des volontariats en fredon-  basse, repris spontanément et en  rares celles qui chantent pendant  choix des poèmes, dont les thé-
            Cette projection en présence
                                          nant des airs  «Izlen» pendant la  ch£ur par ses  accompagnatrices.  la cueillette», ont déploré les  par-  matiques sont très variées
            de Allouache  clos, justement,
                                          cueillette des olives.      El le chant se poursuit par des re-  ticipantes à cette Touiza. «Nous  (chants satiriques, d’amour, de
            un cycle de projection du réa-
                                          Un groupe de femmes dont    frains repris à  intervalle régulier.  chantons juste entre nous sans  louange, de cueillette des olives),
            lisateur organisé cette semaine
                                          Titem, Ouiza, Djoher se sont don-  «Ichewwiqen nous donnent de la  élever  la voix pour être enten-  un  court poème était tout de
            au niveau de la cinémathèque
                                          nées rendez-vous  tôt le matin  volonté, du courage et  de la force  dues par les cueilleuses qui sont  même de mise au début de la
            locale.
                                          pour organiser une Tiwizi. Une  pour accomplir le travail sans res-  dans les autres  vergers comme  cueillette.
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