Page 47 - Fantasia n°6 - Mai 2017
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PSYCHO
TÉMOIGNAGES
PATRICIA, 45 ANS
« Pendant longtemps, j’ai pensé ne jamais avoir d’enfant. Je pensais toujours au pire. Je me voyais mourir jeune laissant des enfants orphelins. Jusqu’à ce que mon docteur me dise : « Je vois beaucoup de femmes malades et qui ont des enfants.
Tu peux faire le pari de la vie. » Il m’a convaincue. J’ai toujours mes problèmes de santé, ça reste préoccupant.
Mais bizarrement, alors que j’ai une  lle aujourd’hui, je ne vois plus l’avenir sous un jour aussi noir. »
de façon fantastique : du rejet total à la dépendance extrême. Oscillations qui sont comme une prise d’élan vers une autonomie plus complète. Pour ne pas perdre la tête dans ces montagnes russes, les parents doivent alors prendre sur eux. « Ne s’attendre à rien, être prêt à tout » doit être leur devise, s’ils veulent garder le cap.
L’ÂGE ADULTE : QUAND L’ENFANT DEVIENT À SON TOUR PARENT. Voilà notre adolescent, quelques années plus tard, donnant naissance à un nouvel enfant. Il est pris dans les mêmes questionnements que ses propres parents. La fameuse phrase « Moi, je n’éduquerai jamais des petits comme ça ! » devient soudain moins facile à prononcer. L’humilité est de mise. La boucle est-elle bouclée ? Pas vraiment. Même parent, on n’a pas  ni d’être l’enfant de quelqu’un. Il faut alors gérer deux mouvements parfois très
liés : la distance avec ses aînés et ses propres enfants.
GRAND-PARENT : QUAND DEUX GÉNÉRATIONS NOUS FONT SUITE.
Le temps passe. Voici notre sujet au stade de grand-parent. Un âge d’or : on n’a plus de véritable responsabilité en matière d’éducation, et pourtant on peut développer une certaine proximité avec les petits-enfants. A tel point qu’entre papy gâteux et mamie gâteau, les enfants-parents ont parfois du mal à reconnaître ceux qui les punissaient si sévèrement quand ils étaient petits. Souvent, les grands-parents doivent aussi gérer la mort de leurs propres géniteurs. Un deuil lourd et pour cause : le père et la mère auront été les principaux témoins de toute leur existence. De plus avec cette perte, les grands-parents deviennent à leur tour des aînés : ils n’ont plus de génération-
tampon entre eux et la mort, et doivent appréhender directement leur propre  nitude.
LA VIEILLESSE : INVERSEMENT DE LA RELATION ?
La roue tourne. Comme au début d’une existence, se pose à nouveau la question de l’autonomie. Si l’on a pu vivre plus éloignés pendant des années, le parent à la  n de sa vie a besoin de l’enfant comme lui-même avait besoin de soins à ses débuts. Un juste retour des choses, mais aussi une étape di cile à appréhender dans les sociétés individualistes, où l’éloignement est parfois montré comme libérateur et la proximité comme étou ante.
Se respecter sans se perdre, s’aimer sans s’étou er : une dialectique qui s’apprend tout au long de la vie... pour le plus grand plaisir de nos écrivains, de nos conteurs et de nos psys.
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