Page 48 - Fantasia n°6 - Mai 2017
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PSYCHO
UNE OU DES MÈRE(S) ?
Dans la plupart des sociétés, les hommes sont ceux qui possèdent les richesses et les transmettent à leurs  ls aînés. Les mères n’y ont pas de patrimoine et sont reléguées à des tâches subalternes, sans pouvoir politique. L’Occident en bon héritier de ce système patriarcal n’en a pas  ni avec ces inégalités homme-femme. Pourtant, cette structure familiale n’est pas unique et d’autres sociétés donnent le pouvoir aux mères.
INDONÉSIE
AMÉRIQUE DU NORD
Chez les Iroquois, les hommes s’occupaient traditionnellement de la chasse, du commerce et de la guerre. Et comme ils étaient souvent absents, ce sont les femmes iroquoises qui se sont imposées comme piliers de la communauté. Elles s’occupaient de toutes les tâches agricoles et nourricières et ont aussi gardé depuis un rôle majeur dans l’organisation politique. Au moment du mariage, c’est l’homme qui déménage chez la femme et qui adopte son clan.
CHINE
Les Moso vivent en fratries. Ainsi, comme chez les Minangkabau, c’est l’oncle maternel qui fait o ce de père. Au sein d’un clan, une mère est désignée comme chef des a aires intérieures. Et un de ses frères est choisi pour administrer les a aires extérieures. Par ailleurs, l’héritage se fait de mère à  lle : il est donc crucial d’avoir une petite Moso pour que la lignée perdure. Autre élément intéressant et qui nous éloigne assez d’une conception de la mère toute dévouée à son époux : chez les Moso, la stabilité familiale ne dépend pas du couple. Hommes et femmes peuvent donc avoir autant d’amant-e-s qu’ils le souhaitent. Ce système est d’ailleurs tellement radical que la jalousie y est un sentiment honteux !
Les Minangkabau représentent le plus grand groupe ethnique matriarcal du monde. Chez eux, ce sont les femmes qui possèdent les terres et tous les autres biens et les transmettent à leurs  lles. Les hommes doivent émigrer s’ils veulent faire fortune. Ils sont cependant en charge de la religion et des a aires politiques. Les enfants portent le nom de la mère et c’est l’oncle maternel qui en a la charge. Le père n’a aucun rôle. Mais dans d’autres ethnies similaires, il se peut qu’ils aient une fonction, notamment comme compagnons de jeu pour les enfants.
NÉOLITHIQUE
Si le matriarcat paraît marginal aujourd’hui, certains anthropologues avancent qu’il aurait pu être le système majoritaire jusqu’à la  n du néolithique. Mais pour l’historien Emmanuel Todd, les familles ancestrales n’étaient peut-être pas tant matriarcales. Plutôt, elles étaient tout simplement égalitaires. Selon lui, c’est avec la progression de certaines sociétés vers le patriarcat que d’autres se seraient radicalisées. Elles auraient exagéré le pouvoir des mères, comme en réaction pour conserver une certaine égalité des fonctions dans la communauté.
Des exemples qui nous rappellent le caractère évolutif de nos sociétés. Le statut des mères et les types de relations que nous entretenons avec nos proches sont le fruit d’une histoire que nous sommes tous en train d’écrire.
Fantasia - 05/17
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