Page 46 - Fantasia n°6 - Mai 2017
P. 46

RELATIONS MÈRE-ENFANT
PSYCHO
TÉMOIGNAGES
L’APPRENTISSAGE DE L’AUTONOMIE
Avoir des enfants ou perdre un parent, c’est toujours faire l’expérience – heureuse ou malheureuse – de notre propre existence. Les relations mère-enfant suivent le même cycle que la vie, avec ses hauts et ses bas.
SAMIA, 21 ANS
« Avec ma mère, on a eu une période super copines. On aimait les mêmes choses, on faisait du shopping ensemble, on se racontait tout... Quand j’ai quitté la maison pour mes études, mes goûts ont changé et ma mère n’a pas tout de suite compris pourquoi j’étais devenue distante. Je m’en suis voulue un peu, j’avais l’impression de l’abandonner. »
L’équilibre de nos rapports familiaux dépend beaucoup de la distance que nous dé nissons avec nos proches. Trop grande, elle nous fait verser dans l’indi érence. Trop ténue, c’est la relation fusionnelle qui prend le pas. Comment appréhender au mieux ce dilemme, entre moments intenses et creux de la vague ?
LES PREMIERS PAS : AMOUR ET (IN)DÉPENDANCE
Durant la première année d’existence, le rapport mère-enfant est nécessairement fusionnel. Et si la séparation arrive vite, ça ne veut pas dire pour autant qu’il y ait rupture. De fait, c’est en emmagasinant un maximum de con ance en soi et ses parents que l’enfant pourra agrandir son rayon d’action et se séparer pour la première fois de ses géniteurs – souvent à la  n du congé maternité (ou paternité).
L’ENFANCE : L’APPRENTISSAGE DE LA SOLITUDE
Le petit d’homme apprend à se socialiser mais aussi à être seul. Pour
cela, il a besoin d’expérimenter la bonne distance entre lui et ses éducateurs. La socialisation nécessite en e et que l’enfant se sente su samment libre et entouré. Et paradoxalement, c’est aussi ce sentiment qui lui permet d’être seul : c’est parce que nous nous représentons, inconsciemment et symboliquement, la présence parentale que nous sommes capables de supporter la solitude et d’en tirer partie. La douceur maternelle fait le lit d’une solitude confortable.
L’ADOLESCENCE : ÊTRE PRÉSENT SANS ÊTRE PRESSANT
Avec la croissance désordonnée, l’explosion de l’acné printanière, les odeurs de pieds et la voix qui mue, l’adolescent se sent  n prêt à mener sa vie d’adulte. Il repousse donc souvent ses parents, tout en ayant un besoin crucial de leur présence. Cette " crise " de la relation (qui n’est pas nécessairement con ictuelle) est l’annonce de la révolution que va connaître la relation parent/enfant. Durant cette période, l’adolescent peut faire varier la relation
CHRISTIANE, 67 ANS
« J’accompagne régulièrement des personnes en deuil. Mais quand j’ai perdu ma mère il y a 5 ans, je me suis trouvée complètement démunie. J’avais l’impression de redevenir une petite  lle, une orpheline. J’ai vécu cette perte comme un véritable abandon. C’est curieux à mon âge, mais c’est comme ça que je l’ai ressenti. Mes petits enfants, sans le savoir, ont participé à ma consolation. »
Fantasia - 05/17
46


































































































   44   45   46   47   48