Page 27 - Antilla 1866
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Notons au passage, rapidement, que les deux pays Portugal et Espagne, qui s’élancent sur les mers à la fin de leur Reconquista respective, sont des États qui créent des sociétés capitalistes, mais qui n’atteindront pas le niveau des autres puissances : le Portugal devient une pseudo colonie de l’Angleterre (traité de Methuen, 1703) et l’Espagne ne parviendra jamais à profiter de ses richesses américaines pour les raisons économiques que l’on connaît. Ce sont les navires Hollandais et les Anglais qui attendent les flottes espagnoles à leur arrivée... Ce sont d’ailleurs les flottes hollandaises puis la Royal Navy qui s’imposent en mer des Caraïbes. Dans leur sillage, la course, les transports, des gueux de mer au XVIIe siècle.
Mais revenons au Brésil portugais.
Le vaste territoire, une portion d’Amérique du Sud, est divisée en donations qui ne sont pas exploitées au XVIe siècle.
Les Provinces-Unies, colonies de l’Espagne, fréquentent le Brésil et une fois libérées, s’étant industrialisées, prennent la direction du monde capitaliste de l’époque après Venise et la Flandre.
Le capitalisme batave, après la création des deux compagnies de commerce, la V.O.C. (en 1600) et la W.I.C. (en 1624) a la possibilité d’exploiter le Brésil et de créer une industrie sucrière. Elle opère dans la colonie jusqu’en 1654 c’est-à- dire jusqu’à ce que le Portugal, pris en charge par l’Angleterre, puisse dans le cadre de son alliance avec l’Espagne poursuivre cette exploitation industrielle. Les colons hollandais se retirent vers leurs bases de Nieuwe Amsterdam (New York), de Suriname et des îles de l’archipel des Caraïbes orientales. Ce sont ces colons hollandais, beaucoup de juifs, qui inaugurent une industrie sucrière dans les îles françaises Guadeloupe et Martinique.
C’est dans ce sens qu’on a pu dire que l’histoire du Brésil figure à la proue de l’histoire des îles des Caraïbes orientales.
Les balbutiements de l’histoire au XVIe siècle (les moteurs capitalistes sont de
faible puissance, un peu comme les moteurs des avions à leur début : Moteurs ANZANI & ANTOINETTE) - Portugal, Espagne, Italie - vont faire place au XVIIe siècle à des moteurs (capitalistes) de l’Histoire beaucoup plus perfectionnés : Hollande, Angleterre, voire France et au XVIIIe siècle, l’Allemagne.
La France est un cas particulier étudié par BRAUDEL.
C’est un pays qui a raté deux fois l’aventure capitaliste du début, tout en étant présente dans le trafic négrier en numéro deux après le Portugal, ce qui est peu connu. En particulier quand RICHELIEU s’oriente vers les mers en 1625-1626, le Cardinal cherche à s’enrichir par la traite négrière dans le champ maritime des caraques portugaises. L’occupation française des îles de l’archipel oriental, Saint- Christophe (avec les Anglais), Martinique, Guadeloupe dans la décennie 1625-1635, et Saint-Martin (avec les Hollandais) en 1648 s’effectue dans le champ de la traite négrière. Nous sommes à cette époque dans l’espace de la domination des Provinces Unies, les rouliers des mers, une domination qui se maintient jusqu’à la Guerre de Sept Ans.
C’est La Grande-Bretagne qui battra finalement Napoléon BONAPARTE à Waterloo.
La Grande-Bretagne prend le relais en 1759-1763 et restera maîtresse des mers avec la Royal Navy - et des terres puisque c’est elle qui battra finalement Napoléon BONAPARTE à Waterloo après avoir financé contre lui toutes les coalitions européennes continentales - jusqu’aux années 1929-1930, quand les États-Unis prennent les rênes du pouvoir mondial. L’Afrique succombe aux attraits des échanges inégaux. Ses armées puissantes tiennent les Européens sur le littoral jusqu’aux conquêtes du XIXe siècle effectuées sous la couverture des canons et des mitrailleuses. SHAKA parvient à vaincre les troupes britanniques.
Vous seriez émerveillés d’apprendre comment certains
souverains africains de Kongo...
Reste à vous parler de la résistance des Jaga, ces populations Imbangala surgies de l’intérieur de l’Afrique qui réclamèrent leur part du gâteau : les marchandises occidentales. Ils combattaient en utilisant une stratégie offensive comportant des Ki-lumbo qui mériterait des pages d’explication. Vous seriez émerveillés d’apprendre comment certains souverains africains de Kongo ou d’Angola par exemple pensaient jouer un grand rôle dans cette Histoire.
Et que dire des Angolares qui se distinguent dans les îles São Tomé e Principe, dans le golfe de Guinée, avant de se retrouver au Brésil... Tandis que les Anglais John HAWKINS, Francis DRAKE, Walter RALEIGH, s’imposent dans le sillage de la traite négrière et de la course entre Afrique et Caraïbes-Amériques... Dans la région des isthmes (Caraïbes Occidentales) les corsaires hollandais, anglais, s’associent avec les Nègres de Darien, du Panama, pour écumer les mers dans des barcasses portées à dos d’hommes sur les deux versants maritimes.
Mais vous entrez dans une autre cathédrale où l’Histoire s’accompagne du jeu de l’orgue. Impossible d’écarter la musique de notre Histoire des Caraïbes-Amérique.
Ainsi, lors de ma soutenance de thèse de doctorat d’octobre 1971, avec le concours de l’ami Alejo CARPENTIER, à Paris, je me suis simplement contenté d’écouter TOOTS THIELSMANS jouer Smile, et Rhoda SCOTT interpréter Misty, Tenderly, The Shadow of your Smile, inoubliable dans le « Clair de lune » de DEBUSSY sur son orgue Hammond.
Musique et Histoire pour moi, ce Cariban du mois d’avril, demeurent en effet indissociables.
Une difficulté insolite !
ORUNO D. LARA CERCAM 4 avril 2019
ANTILLA N° 1866 - 11 Avril 2019 Page 27