Page 26 - Antilla 1866
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ÉDITORIAL ...suite
Je cherche des poutres à mettre dans la vase pour construire l’Histoire.
Plus tard expulsé de Suisse (mes articles parus dans la Tribune de Genève déplaisent car je dénonce la situation des colonies Guadeloupe et Martinique), je passe en Allemagne, en Belgique, en Hollande puis en Grande-Bretagne. Partout où je vais, je suis les aventuriers de la traite africaine : les Compagnies de commerce, les hommes, les vaisseaux et les marchandises des échanges. Je me heurte aux Jaga (et à leurs techniques stratégiques de guerre fondées sur les Kilumbo)...
Je découvre les Mondongues (Mu-Ndongo)...
Je découvre l’Angola (NDONGO), ses provinces et accessoirement les groupes Mondongues (Mu-Ndongo), des peuplades rebelles résistant à la traite qui vont être vendues uniquement en Guadeloupe car personne d’autre ne veut de tels captifs africains si menaçants.
Quand je rentre en France, je soutiens à Paris avec Jean BOUVIER - le successeur de VILAR à la Sorbonne - ma thèse de doctorat d’Histoire en octobre 1971. Au cœur du Brésil, mon analyse du Quilombo dos Palmares qui s’étale sur plus d’un siècle, constitue à lui seul un volume de ma thèse. Cependant, la fin du Quilombo m’intrigue : comment interpréter le comportement des chefs Nègres de l’État militaire ? Les sources portugaises ne me permettent pas de trancher. Je résous le problème en Afrique, au Cameroun, nommé à l’université de Yaoundé, où je finis par être contacté par des maîtres de l’oralité.
Un ami africain, initié supérieur, à qui je parle du problème de succession me signale un ordre initiatique que j’ignore. Je tiens la solution. Je reprends la chronique de G. Zumba, je rédige un article que je présente à l’Académie des Sciences de New York, en 1976. Je ne peux rien dire de plus (Article publié).
Voyons GDC, rappeler comme vous le faites, au lecteur d’ANTILLA, l’existence aux XVIe –XVIIe siècles du Quilombo dos Palmares, suscite une nouvelle fois
mon soutien. Vous mettez le doigt sur une thématique qui sort de l’ordinaire.
Vous pénétrez, GDC, brusquement dans une Histoire
Mais soyons clair, soyons bref. Vous pénétrez, GDC, brusquement dans une Histoire qui impose une grandeur, une formidable musique spatiale... Savez- vous, GDC, que vous pénétrez ainsi dans une Cathédrale et que vous entendez mugir le grand orgue de l’Histoire ? LISZT se le disait en écoutant la symphonie de SAINT-SAËNS avec orgue...
On ne pénètre pourtant complètement dans cette Histoire qu’en possédant la maîtrise totale de l’espace. Au vrai, l’historien doit jouer de l’orgue...
Dans cet espace, l’Europe capitaliste se projette en Afrique en quête de l’or.
Le continent africain offre en paiement des marchandises occidentales, des hommes, des femmes et des enfants. Un paiement des échanges à prendre ou à laisser. Les Portugais prennent les captifs, vendent et ramènent ceux qu’ils veulent : à Loulé la canne à sucre pousse au XVe siècle et Lisbonne abrite bientôt
De cette union : Europe – Afrique et Amérique naît le Nègre.
Bien vu GDC !
Contrairement à ce que l’on entend, l’Afrique n’accouche pas seule du Nègre. Le Nègre répétons-le clairement est un produit de l’Europe, de l’Afrique et des Caraïbes-Amériques. Le Nègre, fondamental ou pas, n’est donc pas purement un Africain, ni un Européen, c’est un Cariban qui habite la Guadeloupe, la Martinique, les Guyanes, Haïti, Cuba, Trinidad, Puerto Rico...
Les Quilombos brésiliens et en particulier le Quilombo dos Palmares impliquent un espace où se meuvent des colonisés créés et dominés, exploités par des capitalistes européens. Des colons accompagnés des travailleurs africains (esclaves ou pas) dans un territoire maîtrisé par des populations indigènes. Notons que les communautés de nègres cimarrons des Amériques (Brésil & Caraïbes occidentales) ont bénéficié du concours des populations indigènes (en particulier des Karib) pour la maîtrise de leur environnement.
C’est ce qui explique la complexité de l’Histoire. L’historien doit connaître son espace, écouter les locuteurs (connaître une douzaine de langues), poursuivre l’évolution des rapports sociaux et de la production, etc.
Au Brésil, la résistance du Quilombo dos Palmares se cristallise et finit par se briser devant l’acharnement des colons capitalistes qui veulent accaparer les terres sur lesquelles se situent les Quilombos. Car ce sont de bonnes terres et les colons veulent les récupérer.
Pourquoi ce sont les Hollandais qui attaquent les premiers et tentent de déloger les sociétaires de cet Etat nègre ?
Le Brésil est une colonie du Portugal depuis 1500. Or, les Portugais sont dans l’incapacité d’exploiter ce territoire et d’effectuer un développement industriel entre 1500 et 1554. Le Portugal est tout juste capable d’essaimer des comptoirs dans le monde, en Afrique (comme São Jorge da Mina), et en Asie (Japon).
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10.000 travaux.
nègres employés à tous les
Les Espagnols en revanche, refusent ces lots de pièces d’Inde, car ils ont dans la Péninsule un trop plein de populations. D’où ces débarquements de Conquistadors aux Amériques qui vont traînant leurs rapières, s’imposer de manière si cruelle aux Indigènes du Mexique, de la Floride jusqu’en Terre de Feu... En passant bien sûr par toutes ces îles décapitées... Extermination des indigènes....
Contrairement à ce que l’on entend, l’Afrique n’accouche pas seule du Nègre.
Christophe COLOMB a, dit-on, « découvert » les îles. Le continent America ne va pas sans Asie et Pacifique (voir archéologie et anthropologie).
Au duo Europe / Afrique fondamental qui va durer, va s’ajouter le continent Amérique : un trio qui crée les Nègres.