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A R C H I T E C T U R E Écrit par Thibaud Duval
L’architecture bioclimatique,
l’avenir de l’aménagement des Antilles en 2050 ?
La Caraïbe, au cœur d’un bassin ré- gional, est la rencontre de tous les peuples du monde, dont les Antilles françaises qui sont le fruit d’une culture créole plurielle ayant un lien avec la lointaine « mère patrie ». Cette notion de créolité ne doit pas être vue comme une juxtaposition de cul- tures ancestrales différentes mais bien comme une culture indépendante éma- nant de ces dernières.
Les Antilles françaises ont un passé lourd de sens et de signification, mais malgré tout nous sommes devenus un peuple en lien avec son territoire. À l’aube d’un virage identitaire, nous assis- tons à une transition sociétale forte. Sur nos petits bouts de terre détachés, bercés par les flots marins et les brises tièdes, nous avons toujours entretenu un lien très fort à la nature. Notre force est à la fois notre faiblesse, ce qui est le paradoxe de l’insularité. Sujettes à un climat très clé- ment, qui font rêver plus d’un, nos îles connaissent des risques environnemen- taux graves auxquels il faut préparer la po- pulation antillaise, par la prévention et la pédagogie, afin de créer une émulation collective constructive du futur de nos îles. L’architecture ne résoudra pas tous les défis de notre société créole, mais elle peut contribuer à son avenir. Sans oublier notre culture et le progrès, nous devons avancer et cesser de raviver les blessures de notre histoire, sans pour autant en faire fi, et l’aménagement tropical créole pourra, indubitablement, y contribuer. Ayant com- pris nos défis, nos problèmes, nos enjeux, nous devons ensemble, concepteurs, diri- geants et habitants, travailler main dans la main, en définissant nos édifices et villes de demain.
L’architecture détient ce ma- gnifique rôle d’englober les racines d’une société afin de l’emmener vers « son lendemain ».
Toutefois, dans un monde, qui est devenu un village planétaire, où la normalisation des mêmes modes de vies est devenue monnaie courante, il ne faut pas oublier que le contexte dans lequel nous vivons ne
nous permet pas de mener une vie à l’oc- cidentale ou une « vie comme... ». Tandis que les cultures occidentales tendent à s’uniformiser, les différentes cultures antil- laises, quant à elles, se diversifient. Même entre nos îles sœurs, il y a des différences. Nous avons des univers uniques, et pour cela il faut des architectures uniques adap- tées, fruit de nos us et coutumes.
Cela passera par un mode de construire en zone tropicale humide intégrant le « génie » du lieu. Les enjeux rencontrés par les habitants antillais s’appliquent à
l’ensemble des pays tropicaux, car les normes de conception et de mise en œuvre sont très souvent pensées dans des territoires tempérés.
Comment pouvons-nous nous en séparer ?
Notre architecture évolue sans cesse dans l’urgence, l’échéance, et le rattrapage sans fin d’un retard considérable. Combler les défauts de notre politique d’aménagement du territoire, tête baissée, ne nous permet- tra pas de produire des espaces qualitatifs. En continuant ainsi, le cercle vicieux nous
Page 24 ANTILLA N° 1866 - 11 Avril 2019
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