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Christine Adamo - Copyright NMS51GC
forcément, même si on avait pas la console ou la télé ou les
iPhones du genre, on aimerait les mêmes choses et on pourrait se
raconter masses d'histoires méga-aventureuses. Peut-être même que
plus tard, on partirait ensemble en Amérique.
Mais maman est devenue si gonflée qu'elle voyait plus ses
chaussures, il fallait presque une brouette pour transporter son
ventre. Et le bébé a commencé à en avoir marre qu’il était coincé
dedans. C'est vrai que ça doit pas être rigolo de voir que des
boyaux et de pas pouvoir manger de la tarte aux abricots. Moi, je
me souviens pas comment c'était. Mais je suis sûr que j’aimais pas.
D'ailleurs maintenant, rien que de penser que j'étais une fois dans
les intérieurs de maman, ça me dégoûte.
Quand même, un jour, le bébé est sorti. C’était pas à la
maison comme dans les histoires d’Amérique avec la dame et le
bébé dans le chariot ou dans le tepee, mais à l'hôpital. Il paraît que
là-bas c'est plus propre, même si chez nous, la femme de ménage
passe tout le temps l'aspirateur. Et il y avait pas d’indiens,
seulement du poulet et des pommes de terre rôties vu que c’était à
midi. L’embêtant, c’est que papa a été obligé d’emmener maman
qui criait dans la voiture. Il a loupé le dessert, mais il m’a dit je-
n’ai-plus-faim-du-tout en attachant la ceinture de maman qui était
toute rouge et se tenait le ventre, pareil que s’il allait se détacher et
rouler devant. Avant de démarrer, Papa a aussi demandé à la
voisine de me garder dans son appartement. La voisine qu'on avait
avant quand on habitait tout le monde près de l’église Saint-Pierre,
elle m’embêtait pas. Elle tricotait une écharpe dans son fauteuil et,
en même temps qu’elle comptait les trous, elle regardait sa méga-
grande-télé avec ses feuilletons-de-l’amour. Du coup, elle me
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