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Christine Adamo - Copyright NMS51GC
laissait lire sans me demander qu'est-ce-que-tu-lis toutes les cinq
minutes. Vu que j'avais pris L'appel-de-la-forêt en plus de mon
yaourt aux fraises avec moi et que je le connaissais déjà par cœur,
je regardais juste un peu des fois les gens qui s’embrassaient en se
collant la bouche à la télé. Mais je pensais surtout au bébé qui
sortait, et s’il avait un bras qui se détachait en passant par le petit
trou que papa m'avait expliqué, ou une jambe ou (plus-pire) la tête.
Parce qu’on peut pas vivre sans tête.
Ça, ça serait horrible, je me disais. Papa et maman avaient
passé tellement de temps à faire le bébé et à choisir la tapisserie. Ils
allaient être super-déçus. Pareil que quand je fais un château de
cartes, que la femme de ménage ouvre la fenêtre et j'ai presque fini
le sixième étage. Et le vent fait tout tomber.
Mais le soir, papa est rentré. Et il riait tout seul dans l’entrée
en enlevant ses chaussures pour pas salir la moquette. Quand je
suis allé voir pourquoi il était bizarre, il m'a embrassé, pareil que
quand je lui fais un cadeau à Noël même si c'est un cendrier en
coquillages peint en vert que j'ai fabriqué à l'école. Comme il
sentait la bière, j’ai fait une grimace. C’est là qu’il m’a dit que
j'avais une petite sœur. Du coup, j'ai regardé les poches de sa veste
(à papa, pas à la petite sœur), mais elles étaient normales. Donc il
l’avait pas ramenée avec lui. Après, il m’a expliqué que la sœur
était restée avec maman à la clinique vu qu'elles étaient toutes les
deux fatiguées, pareil qu’après une promenade en forêt sans eau ni
chocolat.
Ce soir-là, c'est papa qui a fait la cuisine, et il a brûlé les
quenelles en boîte. Heureusement, il restait du poulet froid de midi
avec la mayonnaise du réfrigérateur, et de la crème jaune avec une
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