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Christine Adamo - Copyright NMS51GC





                               Après, j’ai pas raconté à papa et maman que le bébé-Sarah

                        était tombé. Pas parce que la femme de ménage m'avait promis un

                        sac  de  bonbons.  Mais  je  voulais  pas  qu'ils  se  disent  que  j'avais
                        commencé  à  aimer  trop  fort  le  bébé-Sarah  vu  qu’ils  auraient  été

                        jaloux et, qu’en plus, j'allais la voir en cachette pour qu’on discute

                        sans faire de bruit. Même si c'était surtout moi qui parlais.
                               Plus  tard,  maman  est  retournée  à  l'université  parce  que  ça

                        faisait six mois qu'elle avait arrêté de farcir ses élèves avec des x et

                        des y. Ça devait pas manquer aux élèves mais à elle, si.  Comme
                        elle pouvait pas emmener le bébé-Sarah avec elle, elle le laissait

                        chez  une  nounou  la  journée.  Même  que  le  bébé-Sarah  était  pas

                        triste parce que la nounou était toute rose et avait l'air gentil, un peu

                        comme la maîtresse que j'ai cette année, mais en plus grosse.
                               Et puis un jour, le bébé-Sarah a eu une dent dans la bouche.

                        Ça avait pas l’air de lui faire méga-plaisir mais moi, je lui ai dit

                        t'en-fais-pas,   bientôt-tu-pourras-manger-de-la-tarte-aux-abricots.
                        Alors elle a moins pleuré vu que je lui avais déjà fait goûter de la

                        tarte bien mâchée au bout de mon doigt pour pas qu'elle s'étrangle

                        avec les gros morceaux. Et elle avait aimé.

                               Plus tard, quand le bébé-Sarah pleurait quand même encore
                        à  cause  de  ses  dents,  papa  la  prenait  contre  son  épaule,  il  lui

                        mordillait l'oreille, et elle arrêtait. Papa rigolait en disant tu-tiens-

                        de-ta-mère-little-monster, et maman devenait toute rouge. Pourtant
                        ils avaient l'air de s'aimer beaucoup tous les deux. Et ils se fichaient

                        du  père-de-maman  qui  disait  je-suis-très-malade-vraiment-très-

                        malade.  Même  s’il  mangeait  de  plus  en  plus  quand  maman  le
                        regardait pas parce qu’elle s’occupait du bébé-Sarah.








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