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Christine Adamo - Copyright NMS51GC
Mais un soir, papa est venu me chercher à la sortie de
l'école. Il avait les yeux rouges et il disait rien, alors que d'habitude,
il me tirait toujours les cheveux en m'appelant little-rascal. Comme
je l'avais jamais vu pleurer avant, ça m'a fait peur parce qu’en plus,
l'eau arrêtait pas de couler de ses yeux et je comprenais pas ce qu'il
disait. On est quand même rentré à pied, mais c’était pas drôle vu
que les gens de la rue regardaient papa qui avait mis sa veste en
tweed sur son jogging et ça faisait bizarre. Surtout qu'il pleurait
toujours. C’est seulement en arrivant devant l’immeuble que j’ai
compris qu’il disait que le bébé-Sarah était mort.
Le jour d’après, la nounou est venue pour me tenir
compagnie pendant que papa et maman faisaient des choses dehors
sans moi. Ou rien dedans, mais sans s’arrêter de pleurer. Du coup,
la nounou m’a raconté que maman était venue chercher plus tôt le
bébé-Sarah chez elle parce qu’elle avait des x et des y à corriger, et
elle voulait pas ressortir. Après, maman avait posé le bébé-Sarah
dans son berceau sans faire attention que dans la chambre, il y avait
un mur qui avait plus de tapisserie et qui attendait que papa en
recolle pour aller avec les rideaux pleins de papillons roses.
L’embêtant, c’est que le mur en avait assez d'attendre la nouvelle
tapisserie. Et il avait fait tomber un morceau de plâtre dans le
berceau. Le bébé-Sarah avait mis le plâtre dans sa bouche parce
qu'elle savait pas que c'était pas mâché comme la tarte aux abricots
que je lui donnais. Et elle s'était étranglée vu que sa gorge était pas
assez élastique pour avaler vraiment le morceau de plâtre.
Après, forcément, Sarah était morte avant qu'on part tous les
deux en Amérique. Et maman l'avait trouvée toute bleue dans son
berceau.
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