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Christine Adamo - Copyright NMS51GC
A l'enterrement, il y avait masses de monde et de fleurs
blanches sur la boîte à cercueil où ils avaient mis Sarah. Et tous les
gens pleuraient de voir pleurer les autres avec des nez rouges dans
des kleenex tous collants et en boule.
Papa, lui, il pleurait plus. Il était tout blanc, il regardait en
l'air sans rien dire et sans faire attention à maman qui avait les yeux
tout mouillés et la figure tellement chiffonnée qu'on aurait dit un
vieux chien chinois, pareil que celui du voisin du dessus qui pissait
toujours sur les paillassons des autres mais jamais sur le sien, en
plus de laisser des poils partout sur la moquette des murs dans les
escaliers. Et quand maman regardait papa et elle lui prenait la main,
lui, il l'enlevait.
Moi je pleurais pas vu que je pleure jamais devant les gens,
surtout ceux que je connais pas. Toute façon, là, il y avait déjà
masses de gens qui venaient pour pleurer devant les autres ou pour
montrer qu'ils avaient encore de l'eau derrière les yeux même s’ils
étaient vieux. Et Sarah, elle s'en fichait de tous ces gens puisqu’elle
viendrait jamais en Amérique avec moi.
J’ai pas pleuré ni ce jour-là ni après non plus. Mais quand je
suis retourné à l'école et que j’ai vu Sofia-tronche-de-cake, méga-
moche-bête-méchante et encore plus quand elle rigolait avec toutes
ses dents comme des lego pas bien emboîtés, mon cœur a pressé
ma gorge. Et mes yeux ont pas pu s'empêcher de faire de l'eau.
Parce que j'aurais tellement voulu que Sofia-tronche-de-cake reste
à la place de Sarah dans la boîte du cercueil.
Sofia-tronche-de-cake, personne la regretterait.
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