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             à son amour). Quoi qu'il en soit, je suis retourné à Bloomington, découragé
             et déprimé.
                     J'y ai trouvé deux lettres de M. et des enfants et votre troisième lettre.
             C'est une grande consolation. M. me manque beaucoup. Nous nous entendons
             bien et nous aimons faire des choses ensemble. Chaque enfant (A., C., N., S.)
             et Julienne m'ont envoyé un message et des baisers. Ce qui m'a le plus plu,
             c'est la sincérité et la simplicité de ta lettre. Nous n'avons pas l'habitude, tous
             les deux, d'exprimer nos sentiments intimes. Pourtant, nous nous aimons beau-
             coup. Je sens ton amour pour moi dans les mots « Mala wi ». Je le ressens
             dans votre désir de me parler de votre travail. Pour cela, je vous suis recon-
             naissant.
             J'étudie à nouveau le wolof. Je veux parler cette langue à la maison. Il faut
             être patient avec moi car vous savez que j'ai beaucoup de volonté par rapport
             à ce que sera ma vie à Dakar.
             N'ayez pas peur de la facilité avec laquelle vous abordez le samoori. Vous avez
             toujours vécu avec lui. C'est-à-dire que toute votre démarche politique et créa-
             tive a été systématique par rapport à la revalorisation de la grandeur et de
             l'histoire de l'Afrique. Samoori sera votre plus grande création. Mais j'avoue
             que je ne veux pas que vous y alliez trop tôt. Tu dois faire Xala.
             J'ai lu trois romans africains (du Ghana) ces jours-ci. Deux de A. et un de K.
             Ils voulaient dénoncer la corruption de la bourgeoisie, surtout à l'époque de
             Nkrumah. Du point de vue du style, les livres sont intéressants. Mais il y a un
             pessimisme idéologique qui, pour moi, diminue beaucoup la valeur de ces ou-
             vrages. De plus, les deux auteurs ont choisi l'exil. Donc, pour moi, ils ne réus-
             siront  jamais  à  apporter  la  contribution  qu'ils  devraient  apporter  au
             développement de leur pays. S'il est vrai que la création coule de source en
             vous ces jours-ci, c'est une bonne chose. Travaillez bien. Il y a tant de choses
             à dire, tant de choses à faire dans notre Afrique. Je vous admire beaucoup et
             j'espère sincèrement que ma présence à vos côtés vous apportera quelque
             chose pour votre créativité.
                     Vers quelle date envisagez-vous de vous rendre en Asie soviétique ?
             C'est pour les écrivains afro-asiatiques ? Cela te fera du bien. Tu dois t'éloi-
             gner un peu de Samoori, de la maison et de ton travail.
             Nijaay, je ferme. J'espère que cette photo te rappellera les bons souvenirs des
             doux moments que nous avons passés ensemble. Je t'aime et je t'embrasse.

                                                                     Ton animal,
                                                                         Carrie

             Traduit par Eileen Julien
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