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L ' I N N É   E T   L ' A C Q U I S



        Chaque  fois  que  des  gens  passaient,  je  m’approchais  pour  aller  leur  lécher  les
        mains.  Certains  se  détournaient  en  disant  que  je  sentais  mauvais.  Quel  affront !
        Moi qui ai toujours été propre et bien brossée ! Léon me lavait une fois par mois et
        même  plus  si  je  me  roulais  dans  une  odeur  appétissante  pour  moi  et  peu
        ragoutante  pour  lui.  Je  n’ai  jamais  compris  notre  différence  d’opinions  sur  le
        crottin de cheval par exemple. Moi, j’adorais me vautrer dedans et lui se pinçait le
        nez quand il me voyait revenir. J’avais droit à une douche en rentrant et au sèche-
        cheveux. Il disait qu’au moins, il pouvait l’utiliser pour moi.
                                                           Je  léchais  des  mains  et  je  faisais  mes
                                                         beaux  yeux  de  goldinette  remplie  d’amour.
                                                         Pourquoi        serais-je       méchante ?         Une
                                                         quinzaine  de  jours  après  mon  arrivée,  deux
                                                         enfants  se  sont  arrêtés  devant  ma  cage.  Ils
                                                         criaient et sautaient partout en me voyant.
                                                          - Maman, papa, on veut ce chien. Il est trop
                                                         beau. On le veut. Dites oui, oui, oui.
                                                           Déjà,  je  suis  une  fille  et  je  suis  belle.  Bon,
                                                         s’ils  me  sortent  de  cette  cage,  je  leur
                                                         pardonne.  Juste  le  temps  de  retrouver  mon
                                                         Léon !
       Du calme, mon gars, du calme ! Je sais que je
       mangeais  bien  à  la  cantine  de  la  maison,
       mais  tu  me  rajoutes  six  bons  kilos.  J’ai  tout
       de même la ligne, moi.
         -  Oh,  Antoine,  si  les  enfants  veulent  un
       chien,  prenons  un  chien  et  partons  de  cet
       endroit qui sent mauvais.
       -  Karine,  tu  leur  cèdes  toujours  tout.  C’est
       moi  qui  serai  de  corvée  pour  les  promenades
       une  fois  que  l’attrait  de  la  nouveauté  aura
       disparu.  On  ne  devrait  pas  prendre  cette
       décision  sur  un  coup  de  tête.  Donnons-nous
       le temps de réfléchir.
        -  Regarde  comme  elle  est  belle !  Nous  avons
       toujours  rêvé  de  prendre  un  chat  et  un  chien.
       Commençons  par  le  chien  et  dans  quelques
       mois,  nous  viendrons  chercher  le  chat.  Les
       enfants  vont  adorer  cette  compagnie  à  quatre
       pattes.
         Voilà  comment  je  me  suis  retrouvée  dans  la
       famille d’adoption d’Antoine, Karine, Killian et
       Zoé.  J’étais  toute  contente  de  repartir  avec
       eux. Ils avaient amené une laisse pour chat et
       n’avaient pas pu













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