Page 60 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE ET SES JOURS INTRANQUILLES_Neat
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L’APÉRO IMPROVISÉ
Il faut bien se l'avouer, entre la clientèle du bistrot et ses trois enfants,
avec mon père travaillant la nuit, et les tournois de bourles du week-end,
maman n'avait que très peu de loisirs. Il était donc tout à fait légitime, qu'elle se
consacra parfois une soirée au cinéma en compagnie de ses amis, ce que mon
père concevait tout à fait, même si les ragots de quartier s’en réjouissaient dans
tout le voisinage.
Un soir, elle s'apprêtait à sortir pour se rendre au cinéma, et nous laisser
seuls en toute confiance, mon frère et moi l'avions embrassée avant son départ,
pour aller sagement nous coucher.
Un certain temps s'était écoulé avant que mon frère ne fasse irruption
dans ma chambre pour m'appeler, pendant que ma petite soeur dormait à
poings fermés. Profitant de l'absence de ma mère, il me demanda de le suivre
afin de s'adonner à un petit jeu. Naïve et curieuse, je le suivis sans hésitation
jusqu'au rez-de-chaussée pressée de savoir ce qu'il avait envisagé. Il arriva
derrière le comptoir, et se tourna vers l'étagère devant le miroir où trônait
toute une rangée de bouteilles, Il y en avait bien une quinzaine, en passant par
les sirops de menthe et grenadine, mais on y trouvait également des apéritifs
tels que Martini, Ricard, Picon, ou encore Rhum, Cognac, Suze, Cointreau et j’en
passe …
Il commença par ouvrir la première bouteille, en but une gorgée, et ainsi
de suite jusqu'à la dernière bouteilles de la rangée, puis me demanda d'en faire
autant !!! Soudainement, ma gorge se noua et je refusais de le suivre dans ses
bêtises, mais il insista tellement que pour éviter tout conflit avec lui, je décidais
non pas de boire mais goûter timidement à chaque bouteille.
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