Page 59 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE ET SES JOURS INTRANQUILLES_Neat
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Je n'ai pas oublié lorsque mon père m'a demandé de respirer
profondément, pour humer l'air iodé, dès notre arrivée et de goûter le sel sur
mes lèvres. Lorsque nous sommes descendus de la mobylette, pour nous
promener dans la ville, je restais muette et éberluée devant toutes ces
boutiques achalandées de bouées, ballons, parasols et autres articles de plage
que je découvrais pour la première fois de ma vie. Puis nous nous sommes
aventurés vers la grande plage, c'était la marée basse et je me trouvais devant
cette immensité de sable fin et d'eau grise et remuante de vagues molles de la
Mer du Nord que je venais enfin de découvrir, malgré la température de l'eau
peu propice à la baignade. Il y avait de nombreuses mouettes bruyantes, et un
peu plus loin on apercevait quelques dunes.
Mon père ne faisait jamais les choses à moitié, comme tout bon vivant
qui se respecte « la devise des Lesaffre », il m'emmena dans un restaurant très
chic, et ce fut la fête pour moi. Comme nous étions au bord de la mer, il m'avait
commandé une sole frite, spécialité de la côte belge, puis ce dessert qui, à
l'époque, semblait assez rare et exotique, une glace à l'ananas, dont j'ai
définitivement gardé le gout exquis et acidulé, l'ananas étant devenu par la
suite mon fruit préféré. La journée passa trop vite et après une brève
promenade il était déjà l'heure de quitter ce lieu magique.
Je me souviens dès mon retour, avoir entendu mon père annoncer à
maman que durant cette journée, il avait évité le mal de tête en ma compagnie.
Il m'avait trouvée peu loquace, mais n'imaginait pas que la petite fille très
observatrice, était un peu Alice au Pays des Merveilles devant cette grande
découverte de la mer.
Je gardais un excellent souvenir de cette journée inoubliable.
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