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MONDE ARABE 9
Mardi 05 Novembre 2019
Irak
NOUVELLES VIOLENCES,
BAGHDAD PARALYSÉE PAR LA GRÈVE
Les manifestants en Irak continuaient dimanche d'occuper, sans interruption, la place Tahrir de Baghdad pour réclamer "la chute du régime",
en dépit des promesses de réformes des autorités, alors que de nouvelles violences ont opposé samedi les contestataires et les forces
de l'ordre dans la capitale paralysées par les grèves.
es écoles et de nombreuses institu-
tions publiques à Baghdad et dans le
Lsud de l'Irak sont restées fermées di-
manche, premier jour de la semaine dans le
pays, où des manifestants réclament depuis
un mois "la chute du régime", sur fond d'ap-
pels à un mouvement de désobéissance ci-
vile.
La situation, rapportent des médias, s'est
compliquée avec la déclaration de grève gé-
nérale du syndicat des enseignants paraly-
sant la plupart des écoles publiques de la
capitale et du sud. A Diwaniya, la majorité
des administrations sont fermées tandis
qu'une banderole sur le siège du Conseil
provincial proclame: "Fermé sur ordre du
peuple". A Nassiriya, les écoles sont fermées
ainsi que de nombreuses administrations, et
des cortèges de manifestants ont com-
mencé à se former. A Kout, au sud de Bagh-
dad, les manifestants ont coupé les routes,
une façon, selon eux, d'envoyer un message
au gouvernement". A al-Hilla, dans la pro- internationale ne peut confisquer la volonté nifestants, qui ont maintenu leurs positions des services publics, la contestation réclame
vince de Babylone, au sud de Baghdad, la des Irakiens et leur imposer son opinion", a et érigé une barricade. Depuis le 1er octo- désormais "la chute du régime" et ne cesse
plupart des fonctionnaires sont en grève et affirmé le dignitaire religieux chiite. Par ail- bre, 258 personnes sont mortes dans des d'enfler avec la participation ces derniers
la majorité des administrations n'ont pas leurs, de nouvelles violences ont opposé sa- manifestations et des violences, selon les jours d'étudiants, de syndicats et d'organi-
ouvert. A Bassora, à la pointe sud du pays, medi les forces de l'ordre aux manifestants autorités. Le dernier bilan officiel a été pu- sations de la société civile. Samedi, quelque
les écoles publiques sont fermées pour la à Baghdad pour réclamer "la chute du ré- blié mercredi soir. Mais selon des sources 200 personnes souffrant d'un handicap ont
première fois depuis le début du mouve- gime" irakien, en dépit des promesses de ré- médicales et sécuritaires, au moins neuf ma- organisé également leur propre manifesta-
ment. A Baghdad, le bastion chiite de Sadr formes des autorités. nifestants ont été tués de- tion pour exprimer leur soutien au mouve-
Nouvelles violences à Baghdad
City est entièrement bouclé, avec des routes Une personne a été puis, dont huit à Baghdad ment. Le président Barham Saleh a promis
où la contestation se poursuit
coupées par les manifestants comme dans tuée la nuit dernière et --certains par des gre- des élections anticipées et une nouvelle loi
d'autres quartiers de l'est de de la capitale. une autre samedi alors que des dizaines de nades lacrymogènes, "dix fois plus lourdes électorale. Le Premier ministre Adel Abdel
Dans les villes chiites de Kerbala et Najaf, de personnes ont été blessées dans les vio- qu'ailleurs dans le monde, tirées horizonta- Mahdi a lui assuré être prêt à démissionner
plus en plus d'étudiants en religion partici- lences, qui ont lieu ces derniers jours sur lement par les forces de l'ordre", selon des si un remplaçant lui était trouvé. La nouvelle
pent aux manifestations. Vendredi dernier, deux ponts de la capitale proches de Tahrir: médias. Les mêmes sources rapportent loi électorale doit être soumise au Parlement
le grand ayatollah Ali Sistani, la plus haute al-Joumhouriya qui mène à l'intérieur de la qu'une personne est morte à Nassiriya, dans "la semaine prochaine", a annoncé M. Saleh.
autorité chiite d'Irak a mis en garde contre Zone verte, siège du pouvoir et des ambas- le sud du pays, abattue par les gardes du QG L'Assemblée s'est déclarée il y a une se-
les ingérences étrangères. Il a estimé que le sades, et Senek, qui la borde. Les forces anti- d'un politicien local au cours d'une manifes- maine en "séance permanente" mais n'est
changement devait être "le choix des Ira- émeutes se sont déployées le long des tation devant ses locaux. Déclenchée spon- pas parvenue jusqu'ici à obtenir une au-
kiens" uniquement. "Aucune personne, ponts samedi et lancé des grenades lacry- tanément le 1er octobre contre la dience du Premier ministre, inscrit en pre-
aucun groupe, aucune partie régionale ou mogènes pour tenter de repousser les ma- corruption, le chômage et la déliquescence mier à l'ordre du jour actuel.
Liban
Des milliers de manifestants pro et anti-pouvoir
occupent tour à tour la rue
Quelques heures après la tenue d'un im- Pendant près de deux semaines, le Liban alors que depuis le 17 octobre le Liban est avertissant que ce ne sont pas des réformes
portant rassemblement en soutien au pré- est resté quasi-paralysé. Mais le pays a re- secoué par un soulèvement inédit ayant «faciles à concrétiser» . La foule compacte
sident Michel Aoun, des milliers de trouvé ces derniers jours un semblant de mobilisé des centaines de milliers de ma- s'étalait sur près de deux kilomètres,
personnes ont à nouveau envahi les rues normalité avec la réouverture des banques nifestants, qui crient leur ras-le-bol face à d'après le photographe de l'AFP. Certains
de Beyrouth et d'autres villes du Liban pour et des écoles, faisant craindre un essouffle- une classe politique jugée corrompue et in- participants brandissaient des drapeaux li-
exiger la «chute du régime». ment de la contestation. Les barrages rou- compétente et une économie au bord du banais et des étendards orange, couleur du
Brandissant des drapeaux libanais et récla- tiers, installés par les gouffre. «J'appelle tout parti de Michel Aoun, le Courant patrio-
Le président libanais appelle
mant la «chute du régime», plusieurs mil- contestataires pour le monde à l'union», a tique libre (CPL). D'autres exhibaient des
à l'unité nationale
liers de personnes ont occupé, ce 3 gêner les autorités, lancé Michel Aoun dans portraits du président âgé de 84 ans. Le
novembre, les rues de Beyrouth, quelques ont été progressivement levés. une courte allocution à l'intérieur du palais, mouvement de protestation a entraîné, le
heures après un vaste rassemblement des Plus tôt, plusieurs milliers de personnes se s'adressant à ses partisans mais aussi aux 29 octobre, la démission du Premier minis-
partisans du président Michel Aoun. sont rassemblées en soutien au président contestataires, refusant de voir se dérouler tre Saad Hariri et de son gouvernement qui
Des rassemblements ont également eu lieu Michel Aoun à Baabda, au sud-est de la ca- «une manifestation contre une autre mani- continue toutefois de gérer les affaires cou-
dans les deux grandes villes côtières du pitale, sur la route menant au palais prési- festation». «Nous avons mis en place une rantes. Il s'agissait d'une des demandes des
sud, Tyr, majoritairement chiite, et Saïda, dentiel, a constaté un photographe de feuille de route» pour lutter contre la cor- contestataires, qui réclament une nouvelle
majoritairement sunnite, d'après l'agence l'AFP. Le chef de l'Etat a appelé à l'unité ruption, redresser l'économie et établir un équipe ministérielle composée de techno-
d'information libanaise. pour soutenir son programme de réformes, état civil, a rappelé le président libanais, crates.