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qu'il faudra attendre de longs mois avant de revenir dans l'ancien Gévaudan. Nous apercevons le portillon blanc de notre maison où est écrit en fer forgé "la Lozère", je comprends désormais tout son sens. Florentin (ex: Florette) nous accueille avec son flegme légendaire. Mimi "la main verte" a soigné nos géraniums, ils sont splendides.
Le Pierre s'est affairé dans les carrés du potager, nous devrions très bientôt y déguster de juteuses tomates. Je revois dans la rue mes copines qui me trouvent plus mature, plus mâle qu'auparavant. L'air prétentieux, je leur raconte mon aventure avec une pé- kinoise d'une extrême beauté sachant qu'elle était moche comme un pou. Elles sont fol- les de jalousie et j'aime ça. Sur son ordinateur, Corbi retravaille les dizaines de clichés, les prises vidéo afin de créer un album souvenir alors qu'Annie peaufine son étincelant bronzage en s'exposant dans le jardin ensoleillé. Revenue de l'immensité des plateaux, la vie et ses habitudes reprennent. Les soirées de cette fin d'été sont chaudes, j'aime flâ- né sur le gazon. Curieux ? Mon regard se fige sur un petit tuyau surgissant du sol, j'ap- proche mon museau pour en savoir plus, tout à coup, pschitt ... la douche écossaise. Je recule de quelques pas, un autre tuyau ressort de sous terre, puis encore un autre, je suis cerné par ce maudit arrosage automatique. J'avais bien vu Corbi creuser des tran- chées cette semaine mais je ne me doutais de rien, faut dire qu'il est fada avec ce qu'il appelle son green, il le bichonne tellement qu'on se croirait à Wimbledon. Il passe tous les jours sa Suffolk, la tondeuse anglaise munie d'un cylindre hélicoïdal et lorsque
nous jouons au ballon avec Annie sur sa moquette, il devient furax, le maniaque nous chasse de son petit lopin vert comme du poireau. C'est l'automne, les hirondelles se sont rassemblées avant de migrer vers des pays lointains. La gentille alouette de nou- veau colore les champs; agacé par ces petits sautillements, je lui cours après afin de la plumer mais elle s'avère plus maline que je ne le suis. Annie me gronde car elle trouve que je deviens insociable avec mes congénères de toutes tailles. Au village, aucun ca- bot ne me regarde de travers sinon c'est la castagne, j'aime en découdre. Un seul me fout les pétoches, comme par hasard ... c'est un teckel ! Le lavoir à vairons est vide, la saison de pêche à la truite est finie. Corbi, range soigneusement son matériel en atten- dant le printemps. Contrairement à l'an dernier, l'hiver est très clément, l' humidité est omniprésente, je préfèrerais le gel car j'en ai ras le bol de courir dans la bouillasse. Annie me passe à la douche tous les jours et cela irrite mon poil dur. Fréquemment, nous allons chez la mémé dans l'Aisne, la vieille dame de 92 ans a la santé de plus en plus fragile. J'ai beaucoup de tendresse pour elle qui me surnomme son "nounours". Pierrette, la soeur d'Annie, m'a offert pour Noël une boîte de friandises, je me la suis englouti rapidement. Je fustige contre mon parrain, il devait m’emmener à la chasse au lapin comme promis, le Pierre m’a oublié, il n’a pas tenu sa parole, qu’à cela ne
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