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trop peur que je m'enfuis sur la trace d'un lapin ou sur une voie de sanglier car j'ai l'ins- tinct chasseur à cause de mes origines; celles-ci remontent au 17 ème siècle en Allema- gne et en République Tchèque par des croisements de terriers. A cette époque le teckel était appelé en langue germanique "Dachshund" (chien de blaireau). Vu notre petit ga- barit, notre race excelle à la chasse sous terre afin d'y déloger le renard, nous sommes aussi employés à la recherche au sang pour de grands animaux blessés tel le cerf grâce à notre flair très prononcé. Corbi inspiré cite Châteaubriant: "forêt silencieuse, aima- ble solitude, que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré !" afin de clore notre sympa- thique sortie. Je suis tout jeune et donc très joueur, ce qui ne m'empêche pas de temps en temps de faire des bêtises; j'avais remarqué au bas du mur du couloir un lé de pa- pier peint décollé, juste à la hauteur de mes dents aiguisées. Seul à la maison, je m'ap- prêtais à me lancer dans cette vaste exploration, un tiraillement à droite, un tiraille- ment à gauche, ma tâche accomplie en guise d'apothéose, je ne pouvais pas me retenir de multiplier en confettis ce pauvre papier blanc; la nièce Fabienne dirait "énorme", son compagnon Gilles le barbu aurait ajouté "pas mal, pas mal !... Quelques heures plus tard un bruit de clef dans la serrure de la porte me réveille, tiens Corbi ! Son vi- sage était décomposé et dépité du grabuge, il me gronde sévèrement, attrape le journal posé sur la cheminée et en profite pour me flanquer ma première rouste mais comme
il ne tape pas bien fort mes fesses ont déja oublié. Annie consternée me sermonne à son tour mais sa voix est si douce ...Corbi remonté entreprend de ne plus me laisser l'accès aux autres endroits de la maison lorsque je serai seul , uniquement la pièce à vi- vre, alors il installe des barricades les unes après les autres, chez nous c'est Mai 68. J'élabore donc un plan de représailles, tout d'abord verbales où je manifeste mon mé- contentement en signifiant à Corbi, lui l'homme de gauche convaincu, que de me cloi- sonner est une atteinte à ma liberté et je trouve son comportement assez réaction- naire; ensuite ses sabots adorés que j'aperçois sur le tapis, j'ouvre bien ma gueule afin d'en happer un et les pattes à mon cou je file à toute vitesse dans le jardin, lui les pieds nus court à mes trousses, il fulmine, Annie éclate de rire en assistant à ce spectacle, épuisés nous décrétons la paix pour ... cette fois-ci. A "la Lozère" qui se situe dans le centre du village nous avons de fréquentes visites, je commence à connaître beaucoup de monde et je me familiarise avec certains; tiens, le Pierre par exemple, celui-là c'est l'ami d'enfance de Corbi, ils pêchent à la truite ensemble depuis très longtemps mais c'est aussi un redoutable chasseur de gibiers. Il m'a promis de me rapporter cet au- tomne un lièvre ou un lapin de garenne afin d'améliorer mon odorat. Il aimerait bien que je l'accompagne mais là Annie est formelle, c'est exclu que j'aille dans les fourrés broussailleux. Auparavant, Corbi chassait mais ne supportait plus de tuer un animal
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