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 soupe; Annie me sèche énergiquement avec un linge, je suis récalcitrant à cette prati- que et cela ne me rend pas de bon poil; Corbi râle aussi de ce ciel cafardeux, sous la pluie, il entreprend d'élaguer l'érable qui assombrit beaucoup trop le jardin, Florette l'observe les yeux déjà mi-clos, les bras de Morphée l'attendent, cette garce s'apprête à piquer un bon roupillon jusqu'au printemps. Comme promis, le Pierre m'a apporté un magnifique lièvre, j'ai pu le sentir sous toutes les coutures; l'ami Hubert, lui m'a offert une patte de sanglier, le poil ressemblant au mien et tout aussi dur. J'ai de la chance
de connaître les copains de Corbi, une sympathique bande de quinquagénaires et de sexagénaires qui ont toujours le mot pour rire; les saints de l'église toute proche aper- çoivent ces galopins cheminer vers la Lozère en fin de semaine à l'heure du pastis, ce petit monde n'oublie jamais de me flatter; il y a aussi le pote Momo, celui-là, Corbi l'ap- précie fraternellement, une vraie amitié, c'est un luxe que peu de gens connaissent. J'appréhende ce 22 décembre, nous retournons près de Chartres pour mon premier toilettage, revoir ma mère Wilma et mon père Eusèbe m'angoisse; j'aperçois la maison au toit de chaume, le portail s'entrouvre; les aboiements de l'élevage m'effraient, mon coeur bat la chamade. Gilbert m'étreint pour me rassurer, grand connaisseur de ma race, il clame ma beauté exceptionnelle; je reconnais tous mes amis, Dietrich, Sibélius, Bahrein..., les lices sonts aussi présentes, Clarisse est folle de joie, Danaé, Bragance, la vieille Alphonsine, etc... Corbi converse avec Gilbert, Annie ne me quitte pas des yeux. Wilma dort dans un panier, j'essaie de l'approcher, mais en vain, elle me repousse par un grognement assez agressif, je suis triste à mourir; l'épilation dure trois heures, Gil- bert extrait douloureusement tout mon poil mort; Eusèbe est au chenil à l'écart de tou- tes lices car mon paternel est le tombeur de ces dames; reproducteur hors pair, aucune femelle ne lui résiste, surnommé DSK à l'élevage pour son extrême vigueur... Mau- vaise journée, je repars avec un look de hot dog, ma mère ne peut plus me blairer et pour finir mon vieux est un pervers; bonjour la famille... Une dent de lait tenace m'amène chez le vétérinaire, anesthésie générale puis extraction de la quenotte; je me réveille abasourdi dans une cage à proximité d'un gros matou venu se faire castrer, quelle idée...; Annie arrive pour me récupérer, nous quittons la clinique à toute vi- tesse. Pour ce nouvel an, mes maîtres sont partis réveillonner chez des amis, des leur retour, je remarque la démarche plus qu'hésitante et maladroite de Corbi, amateur de bon vin, le bougre, a dû abusé de la dive bouteille; le voici entonnant quelques paroles d'une chanson de Jacques Brel "Serait-il impossible de vivre debout"... paradoxal, lui qui n'y tient plus vraiment; nous l'écoutons, ne pouvant s'empêcher de nous poiler de rire avec ma douce Annie. L'hiver a revêtu son manteau blanc, je regarde les flocons
de neige qui dansent derrière la fenêtre; j'adore gambader, batifoler dans cette pou-
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