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 dreuse qui a recouvert la plaine. Je viens de faire la connaissance du labrador Cra- pouille; un molosse, un vrai costaud des Batignolles ce Crapouille, robe de couleur noire comme du charbon, de grosses pattes palmées comme un canard; nous avons passé l'après-midi à jouer ensemble; la maison de Denise était sans dessus dessous; fa- tigué, je me suis endormi au coin du feu, la tête posée sur sa grosse et accueillante be- daine. Tiens, aujourd'hui c'est la chandeleur; Mimi, la maman de Corbi, nous a appor- té de délicieuses crêpes, Annie m'autorise à n'en déguster que la moitié d'une; elle prend soin de ma ligne car j'ai une tendance à me goinfrer, surtout que j'ai repairé quelques jolies femelles dans le village, je me vois mal partir à leur conquête empâté comme un goret. Fils d'Eusèbe, comme mon père je possède un réel pouvoir de séduc- tion; lorsque je croise Frida, ce bichon maltais, j'use de mon regard ravageur; faut dire qu'elle est belle comme un soleil la Frida, une chouette frimousse, de sublimes poils blancs frisés, un arrière-train de chienne fatale, agrémenté d'une croupe des plus hos- pitalière qui soit; tête haute, regard fier et queue relevée, je la courtise à petits pas; le grand jeu sera pour plus tard, la bichonne assurément viendra se jeter dans mes pattes un jour ou l'autre. Pendant que je converse avec la jolie créature, Olga, la rousse scot- tish écossaise, qui figure aussi en bonne place dans mon carnet d'adresses, se pointe jalouse comme une tigresse, l'air acide, désagréable à mon égard et mauvaise comme une teigne envers Frida; cela sent le roussi, je m'éclipse "à donf ". Annie a finalement cédé, je peux aller faire un p'tit tour à la chasse avec le Pierre, alias mon parrain, ac- compagné de Corbi; dans le sous-bois, je débusque au coeur d'un roncier un brocard de toute beauté; le Pierre, gentleman, n'épaule pas son fusil. Admiratifs, nous le regar- dons s'enfuir à travers la chênaie, tandis que Corbi peste d'avoir oublié son reflex; le pif au ras des feuilles mortes, j'explore toutes les pistes pour déloger Jeannot le lapin, le sonnaillon bruyant, fixé à mon collier, ne me facilite guère la recherche; une grive musicienne survole la futée, deux coups de feu détonnent, mon parrain me fait passer l'épreuve de la déflagration, je ne bronche pas, lorgnant le ciel de voir l'oiseau chan- tant poursuivre son vol. Annie est intriguée à mon retour de me voir si enthousiaste; je lui signifie orgueilleusement que son Aubrac est un dachsund avant tout; à l'automne prochain, je retourne à la chasse qu'elle le veuille ou non. Annie interloquée, clame mon insolence et me fait signe de rejoindre vite fait mon panier. A la maison, le mois de mars signifie : ouverture de la pêche à la truite. Corbi est sur le pied de guerre, mi- nutieusement il prépare tout son attirail, inspecte les moindres détails; Annie a même reverni son panier en osier pour accueillir ses futures farios. Le jour J est arrivé. Le Pierre ainsi que le cousin Hubert débarquent à la Lozère à cinq heures du matin; déjà excités comme des puces, ils avalent du café; Corbi, béret basque vissé sur la tête, imi-
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