Page 41 - Demo - EN PROFONDEUR-V2
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expédition : quand tout est possible et rien ne peut être contrôlé, ou presque.
Une fois à l’eau, les groupes se divisent. Le courant est fort. Quelle bonne nouvelle! C’est un signe que nous devrions « voir du gros », comme on dit. Nous scrutons le bleu sombre et ce qui nous apparaît est un banc de carangues noires (Caranx lugubris)... Belle mise en bouche pour la suite! Quelques grands barracudas (Sphyraena barracuda) passent. Nous sommes désormais plusieurs à être suspendus à notre crochet de récif. Nous tenons à ne pas abîmer cet habitat en excellent état, en dépit des  lets de pêche qui se sont accrochés ici. L’habitat est maintenant recolonisé par la nature. Le courant nous tient en haleine.
Après plus de 25 minutes à attendre, soudain, un requin-marteau arrive. Il s’agit d’un requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini), une des huit espèces de requins-marteaux. Sans doute est-ce l’éclaireur qui s’approche. Effectivement, il est très craintif et, au moindre mouvement brusque, il repart deux fois plus vite qu’il est arrivé. Même s’il peut mesurer plus de 3,5 m et peser près de 150 kg, il semble être aussi impressionné que nous de la rencontre. Mais, au moins, nous l’avons vu et nous savons que nous pouvons en trouver ici. Il ne reste plus qu’à attendre sagement.
Malheureusement, les requins-marteaux sont pêchés comme bon nombre de requins pour les ailerons. Les minutes passent et, en n, au loin dans
le bleu, nous voyons passer un banc de requins. L’air de notre bouteille est épuisé. Nous n’avons d’autre option que de remonter. À la surface, nous partageons ce que nous avons vu. Alors que certains n’ont rien vu, un des plongeurs le moins expérimentés a eu tout un baptême : il a vu un banc de 100 requins! Un beau cadeau de la vie à celui qui n’en avait jamais rencontré!
Reto décide que nous resterons ici plusieurs jours afin d’augmenter nos chances de les voir. Nous avons le privilège de ne pas être pris dans un itiné- raire  gé sur papier. Plongée après plongée, nous sommes tous, à un moment ou un autre, éblouis par le passage d’un banc de requins-marteaux consti- tué de quelques dizaines à près d’une centaine d’individus. Un spectacle digne des îles Galápagos!
Après plusieurs jours, la fin de notre expédition sonne bientôt et nous devons prendre le cap vers Saumlaki, une ville dans le sud de l’archipel des Moluques, afin de faire une dernière plongée. L’équipage au grand complet monte sur les ponts pour nous gâter d’un dernier moment magique. Les matelots remontent leurs manches, se pendent aux cordages et hissent les voiles dans un effort collectif, au rythme des éclats de rire et de la détermination. Le bateau gîte un peu sur bâbord alors que les voiles se gon ent en n. Le vent nous pousse vers notre destination  nale.
Le WAOW est décidément un navire qui fait hon- neur à son nom.
En Profondeur – Vol. 16, no 3 41


































































































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