Page 16 - Antilla 1866
P. 16

ÉCONOMIE
 Philippe Brassac,
Directeur général du Crédit Agricole
« Notre modèle consiste à apporter de la valeur ajoutée aux clients »
A l’occasion de sa rencontre annuelle, la Caisse Régionale du Crédit Agri- cole Martinique-Guyane accueillait la semaine dernière le directeur général du Crédit Agricole, Philippe Brassac, qui nous a accordé un entretien aux côtés de Didier Grand, directeur général du Crédit Agricole Martinique- Guyane, et d’Alex Rosette, président du Conseil d’Administration de la Caisse Régionale. Présentation du projet global, et déclinaison des enjeux.
Antilla : Quel est, dans les grandes lignes, le projet global du groupe Crédit Agricole ? Et ce projet est-il facilement déclinable dans un ter- ritoire comme le nôtre, c’est-à-dire avec des spécificités ?
Philippe Brassac : Je commencerai par la deuxième partie de votre ques- tion. Ce projet est facilement déclina- ble car il exprime ce que nous voulons faire avec les clients et sur le terrain. Il y a trois grands piliers, qui sont trois facettes du même projet : projet client, projet sociétal et projet humain. Sur le projet client nous sommes dans une société dans la- quelle vous aurez de plus en plus d’hyper sollicitation des clients par des algorithmes, des éléments pré- dictifs qui optimisent la capacité à vendre des produits à ces clients. Nous, nous estimons que cette valeur ajoutée-là est nulle, et qu’aujourd’hui il faut plutôt apporter aux clients la capacité à se poser les bonnes ques- tions, à comprendre les alternatives, à reprendre leur libre-arbitre, et à dé- cider. C’est ça le vrai métier de conseil : non pas prescrire, en disant ‘vous n’avez même pas à me parler, je sais ce qu’il vous faut’. Le modèle du Crédit Agricole consiste à apporter de la valeur ajoutée aux clients ; va-
« Nous sommes la dixième banque au monde »
leur consistant à leur faciliter la lec- ture des situations, leur faire se poser les bonnes questions et à choisir. Et ce que vous choisissez c’est le bon produit, le bon service.
Ce positionnement est-il objective- ment atypique par rapport aux concurrents du Crédit Agricole ?
Oui, écoutez ou lisez tout autour de vous : vous n’avez que de l’apologie des statistiques, du prédictif etc. L’acte le plus difficile, qu’on orga- nise aujourd’hui – c’est un début mais déjà prometteur – avec un pro- cessus qui s’appelle ‘trajectoire pa- trimoine au premier euro’ et qui permet, dès ce premier euro de pa- trimoine, de se poser les bonnes questions : par rapport à l’épargne, au crédit, à l’immobilier, à la retraite etc. Donc d’être dans une démarche de faciliter la compréhension au client, plutôt que de dire ‘c’est de plus en plus compliqué mais nous on sait, donc on vous délivre la pres- cription.’ C’est totalement original, mais la difficulté c’ est qu’ on ne trouve pas de mot(s) pour décrire le vrai conseil, qui est celui-là. Alors que jusqu’à présent on voit sous ce mot ‘conseil’ des méthodes de vente plus ou moins sophistiquées. Le pro-
jet sociétal c’ est d’ amplifier de façon plus lisible – ce que nous fai- sons déjà mais sur lequel il faudra passer le démultiplicateur – la trans- formation nécessaire des sociétés, notamment sur la question énergé- tique et environnementale, pour être un acteur de cette transformation-là. Sur les 5 dernières années notre ‘banque mondiale de financement et d’investissement sur les marchés’ est le leader mondial d’émissions de ‘green bonds’, c’est-à-dire d’obliga- tions dites vertes, destinées à investir pour la qualité de l’environnement. Et ce ne sont pas de petites sommes : depuis la COP 21, où j’étais inter- venu, nous avons assemblé plus de 100 milliards de dollars de ‘finan- cement vert’ à travers la planète. Donc nous considérons que nous avons vraiment de quoi amplifier cette démarche d’accompagnement, tout autant que d’autres défis à rele- ver.
Comme par exemple ?
Celui de l’inclusivité, largement ex- primé par des mouvements tels que celui des ‘gilets jaunes’, notamment sur la métropole. Cette question in- terpelle les entreprises sur le thème ‘au fond, êtes-vous vraiment au ser-
 Page 16 ANTILLA N° 1866 - 11 Avril 2019




















































































   14   15   16   17   18