Page 19 - Bulletin, Vol.79 No.1, February 2020
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MOLIÈRE : « AU SECOURS »
Article recommandé par Elisabeth BELCHAMBER
Un groupe de fonctionnaires européens, Carré bleu
européen, a écrit à la présidente Ursula von der
Leyen pour défendre l'usage du français au sein de
la Commission européenne.
« Nous sommes un groupe de fonctionnaires
européens dont le cœur se serre en constatant qu'il
nous faille aujourd'hui en appeler à la plus haute
autorité pour exercer notre droit le plus simple :
nous voulons avoir le droit de travailler en
français ! » C'est par cette apostrophe que
commence la longue lettre rédigée par Carré bleu
européen et adressée à Ursula von der Leyen.
Carré bleu se revendique comme un groupe de
fonctionnaires européens francophones dont le
siège est à Luxembourg (siège du secrétariat
général du Parlement européen et de la Cour de justice).
Officiellement, la langue de Molière fait partie des trois langues de travail de la
Commission, avec l'anglais et l'allemand. Dans les faits, l'anglais a, au fil des ans,
supplanté les deux autres idiomes dans des proportions grandissantes. Dans un rapport
parlementaire de l'Assemblée nationale de février 2016 (signé par les députés
Caresche et Lequillier), le phénomène de la disparition du français avait été souligné et
chiffré. On y relevait que les documents de la Commission rédigés en français avaient
fléchi de 40 % en 1997 à 5 % en 2014, tandis que l'anglais passait de 45 à 81 % dans
cette période. L'Allemand était négligé de longue date (5 % en 1997, 2 % en 2014). On
attribue la poussée de l'anglais à l'élargissement de l'UE aux pays d'Europe centrale et
de l'Est. Les « nouveaux députés » ont choisi d'apprendre l'anglais plutôt que le
français... C'est à ce moment-là que la bataille des francophones fut perdue avant
même d'être livrée.
« Nous souhaitons pouvoir utiliser le français sans nous cacher »
Dans sa lettre ouverte, le groupe Carré Bleu prétend rassembler des « fonctionnaires
de toutes nationalités, y compris non francophones de naissance. Nous avons constaté,
poursuit-il, que le monolinguisme anglais nous bride dans nos moyens d'expression et
nous souhaitons pouvoir utiliser le français sans nous cacher et sans nous excuser. »
À vrai dire, Ursula von der Leyen comprend très bien le français mais cherche quelque
peu ses mots quand elle doit le parler. D'où une certaine timidité dans sa prise de
parole en français. Jean-Claude Juncker, parfaitement trilingue, n'a pas ce problème et
il scande ses discours dans les trois langues officielles, sautant de l'une à l'autre, selon
les paragraphes.
AAFI-AFICS BULLETIN, Vol. 79 No. 1, 2020-02 15