Page 15 - Rebelle-Santé n° 227
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ENVIRONNEMENT
INDÉPENDANCE DE L’EXPLOITATION
Autre effet secondaire positif : n’ayant plus recours à une alimen- tation extérieure, parfois impor- tée, l’éleveur n’est plus dépendant du cours de ces aliments lié à la conjoncture nationale et interna- tionale. C’est aussi une indépen- dance décisionnelle à laquelle tient Antony Vasseur : « On reprend la main sur les décisions de notre exploitation, au lieu de suivre des recommandations des conseillers- commerciaux ».
DAVANTAGE DE QUALITÉ ET MEILLEURS REVENUS
Avec cette approche la qualité devient essentielle, l’alimentation des vaches est plus saine, natu- relle. La viande et le lait produits sont de meilleure qualité et plus faciles à valoriser. Des labels appa- raissent, mettant en avant le lait ou la viande de pâturage, gage de meilleure qualité. « On sort de la logique de quantité, car on produit moins, c’est sûr, mais on fait un bond en avant sur la qualité et on s’y retrouve » résume Antony Vas- seur. Car le gain économique est évident. En réduisant significative- ment les charges, le revenu dispo- nible augmente. Selon une étude de la CIVAM, réalisée dans les Pays de la Loire, les éleveurs pratiquant les systèmes herbagers pâturants ont vu leur revenu disponible aug- menter de 50 à 80 %.
LE CHANGEMENT DE CAP DE FRÉDÉRIC
Frédéric Lethuillier s’est installé dans la Sarthe en 2001 avec un troupeau de 60 vaches en élevage conventionnel. Peu de temps après, une maladie emporte 80 % de son troupeau. Il réussit à se re- lever mais la pression financière et les marges toujours plus faibles poussent l’exploitation dans le gouffre, jusqu’à ce qu’il passe à
l’élevage pâturant et à une pra- tique 100 % bio.
Rebelle-Santé : Comment
s’est passé le déclin de votre exploitation ?
Frédéric Lethuillier : En 2006, le prix du lait avait déjà chuté. Nous avions fait une demande d'étale- ment de prêt qui nous a été refusé par la banque. Ils nous ont simple- ment dit qu'il fallait faire davan- tage de lait. Alors on a intensifié la production. En 2009, il y a eu la crise du lait et les cours se sont effondrés. La situation est devenue de plus en plus difficile, jusqu'en 2013 où j’ai fait un burn-out avec quatre mois d’arrêt de travail. Je faisais des malaises à répétition. On travaillait à perte et on n'arri- vait plus à payer les factures.
Comment avez-vous cassé ce cycle infernal ?
Je pensais toujours qu'on ferait mieux l'année d'après, mais ce n'était plus possible. Alors, mon épouse a appelé l'association Solidarité paysans. Ils nous ont écoutés, puis, ils nous ont parlé de pâturage. Ça m'a fait « tilt » car venant de Normandie je connais- sais les systèmes pâturants. Quand on est arrivés en Sarthe, je voulais même pratiquer ce type d’élevage. Mais la banque a refusé de nous prêter de l’argent, considérant que ce n'était pas viable... Alors quand l'association Solidarité paysans m’a reparlé de ce sujet, j'ai décidé de me lancer. La première année, j'ai semé 15 ha d'herbe sur les 56 ha que compte mon exploita- tion. Maintenant, on est à 100 % en herbe.
Quels sont les résultats ?
C’est totalement viable et mieux qu’avant. D’abord, on ne fait plus de la quantité à tout prix mais de la qualité. On est passé de 9000 litres de lait par an et par vache à 6500 litres. Ça respecte mieux l'animal. J’ai encore besoin d’irriguer pour avoir davantage
d’herbe et je voudrais descendre encore un peu la production pour atteindre 5500 ou 5000 litres pour ne plus avoir à irriguer, car ce n’est pas très écologique.
Et financièrement ?
Ça n’a rien à voir. Certes, on a en- core beaucoup d'emprunts mais on est quand même beaucoup mieux financièrement. On arrive à payer les factures en temps et en heure. Alors qu'avant on avait 30 à 50 000 € de dette en permanence.
D’où viennent les économies ?
On économise toute l’alimenta- tion en maïs et colza. Cela repré- sente 25 à 30 000 € d'économie par an. Je leur donne juste un peu de complément bio l’hiver. Et il n’y a plus de produits de traitement puisqu’on est en bio. La différence, c’est aussi la santé des vaches. Avant, on avait 20 ou 30 mammites par an. Les vaches étaient "poussées". Depuis le changement, en un an et demi, il n’y a eu que deux mammites. Je ne vois plus le vétérinaire. Les vaches sont moins fatiguées car elles produisent moins.
Avez-vous moins de travail ?
À partir du moment où les vaches sont au pré, j'ai moins de travail car il ne faut pas les nourrir ni épandre le lisier. C'est moins stres- sant. Financièrement, on retrouve de l’oxygène alors je me sens mieux. Je suis davantage dans la nature et mon travail me plaît da- vantage.
Propos recueillis par Christophe Guyon
(1) Californy State University (2) CIVAM : Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural
Plus d’infos :
•CIVAM 72 : www.civamad72.org •Association Solidarité paysans 72 : https://solidaritepaysans. org/paysdelaloire/sarthe
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