Page 51 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE BIS
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Une chose dont j’avais horreur et qui pourrait paraître choquante

              de nos jours, ces fameux crachoirs installés au bas du comptoir au
              milieu et sur les cotés, ce qui me répugnait horriblement pour le

              manque d’hygiène.

                     Ma mère n'appréciait pas ce style vieillot qu'elle allait bientôt y
              remédier en le réhabilitant dans un style très prisé à l'époque, avec

              des chaises et tables en formica jaune et noir et un comptoir assorti,
              le tout rehaussé d’un papier peint à fond clair et à motifs de style dit
              "Picasso". Nous avions, à l'époque, la réputation de bistrot le plus

              moderne de la ville, ce qui renouvela un peu la clientèle, et alimentait
              les ragots.


                      Toute mon enfance allait se passer entre ce bistrot constitué

              d’une clientèle de quartier que j'évitais par timidité, et le jeu de

              bourles et ses tournois fréquents mais également les quelques

              aventures intrépides et mémorables de mon frère.


                      Toujours aussi introvertie, je n'avais pas réussi à me trouver

              une amie, j'étais un peu trop sauvage et la solitude n'était pas pour

              me déplaire, puisque j'aimais les livres, le dessin, la peinture,

              l’écriture, la broderie ou réaliser des collections de vêtements pour
              mes poupées, signes précurseurs d'une certaine partie de ma future

              vie professionnelle. C'était une façon pour moi de m'évader de ce

              quotidien qui ne me ressemblait pas dans cette vie de petite fille.



                      Nous logions dans une petite pièce obscure qui nous servait de

              séjour, située derrière le bar, constituée d'un canapé, d'une table à
              manger, quelques chaises, un réfrigérateur et une télévision qui

              venait meubler notre solitude, puisque papa nous quittait pour son

              travail de nuit, pendant que notre maman tenait le bar jusqu'au

              départ des derniers clients. Bien souvent nos repas se faisaient sans

              nos parents.
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