Page 52 - LES FLEURS DE MA MEMOIRE BIS
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Une autre petite pièce très sombre la jouxtait, pas plus large
qu'un couloir et faisait office de cuisine et de cabinet de toilettes, avec
un évier noir en ardoise.
Nous avions trois chambre à l'étage, dont une occupée par mon
frère, la seconde je l’occupais avec ma petite sœur, et la plus grande
attribuée à mes parents. Ma chambre me semblait sinistre, vide,
froide et sans chauffage avec un mur fissuré face au lit. De plus le
coucher et le lever, se faisait par l’escalier qui menait aux chambres,
en passant obligatoirement par le bistrot devant la clientèle. Ce
manque d'intimité me déplaisait sérieusement sachant que nous
allions embrasser maman ou papa, avant le coucher ou le matin au
lever, face aux clients. Cela me donnait l’impression qu’une partie de
ma vie intime familiale m’échappait complètement.
La Lainière de Roubaix était en pleine effervescence à cette
époque et nombreux étaient les espagnols qui avaient fui leur pays,
sous le régime de Franco, pour venir en France chercher un emploi.
Ils se rendaient avant ou après leur travail au bistrot chez nous, pour
boire un verre et se détendre. Ce que je redoutais le plus, c’était le
matin, à peine éveillée, il fallait supporter ce supplice, passer par le
bistrot et les affronter. J’avoue le fait d’être encore à moitié endormie
et devoir leur dire bonjour m’était insupportable puisqu’ils me
volaient mon intimité familiale. Le pire c’était qu’à chacun de mes
levers en leur présence, il y en avait toujours un qui s’amusait à me
dire bonjour en ajoutant le qualificatif de « féa » ! Même si je ne
parlais pas leur langue, j’avais bien compris le sens de ce mot, qui me
mettait dans une humeur désagréable, car j’aurais préféré entendre
utiliser le qualificatif « guapa » ! Finalement je m’y habituais et je n’y
prêtais bientôt plus aucune attention.
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