Page 52 - La pratique spirituelle
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J’ai quitté un peu le monde et j’ai du mal à y revenir. Je n’agis            conscient de la souffrance est en dehors de la souffrance. En
            pour aucune cause, ni pour faire quoi que ce soit d’autre que ma             explorant le connaisseur de la souffrance, l’accent n’est plus
            recherche spirituelle.                                                       maintenu sur l’objet, mais se tourne vers ce qui le transcende.
               Un remaniement des priorités est inévitable, lorsque le
            désir de réalisation supplante les autres objets de désir.                   Je me vois aussi très centré sur ma personne, sans trop rien faire
                                                                                         pour les autres. Je me sens un peu coupable de ça, sans avoir le
            Tout cela est doublé de moments d’abattement et de décourage-                pouvoir de changer.
            ment quant à la vie professionnelle. Je n’arrive pas à mettre en                Le moi n’est qu’un objet d’attention transitoire. Lorsque
            place des  projets pour l’instant...                                         l’attention se tourne vers cela qui est attentif, l’objet d’atten-
               Le fruit qui n’est pas mûr ne tombe pas.                                  tion disparaît. Ne reste que la lumière qui l’éclaire.

            Je vis, pour l’instant, d’une pension d’invalidité pour avoir une            J’ai l’habitude de chercher toujours quelque chose qui ne va pas,
            stabilité financière, sous le prétexte d’une séropositivité depuis           de vouloir que ce soit mieux. Cela crée une insatisfaction. Au
            25 ans, qui ne me pose aucun souci, puisque médicamenté et en                final, tout cela est très fatiguant.
            pleine forme. Et connais un état dépressif chronique, qui existe                Le moi se fatigue des problèmes qu’il crée lui-même. Il
            de moins en moins, voire seulement une couleur dépressive.                   reste fixé sur eux, oubliant qu’il en est lui-même le créateur.
               Il est normal que le moi se déprime lorsqu’il n’est plus l’ob-            Que pouvez-vous dire de tout cela, Jean-Marc ?
            jet prépondérant d’attention.
                                                                                            Finalement, toutes ces errances sont nécessaires, et même
                                                                                         indispensables. C’est ainsi que le Soi explore tout ce qu’il n’est
            Je désire vivre tranquillement, partir en Inde et pouvoir médi-              pas. En se libérant des identifications erronées, il se réintègre
            ter à ma guise. J’ai 53 ans. Ne faut-il pas d’abord vider la coupe           lui-même, et réalise sa liberté propre. Cela ne signifie pas que la
            des blessures d’enfance et des pollutions mentales, encore et                manifestation soit reniée. Elle est simplement remise en pers-
            encore, pour laisser place au Soi ?                                          pective, comme expression du Soi, et non comme sa source.
               Le Soi est toujours présent. C’est lui le guérisseur qui
            soigne les blessures d’enfance. Il est un témoin silencieux et                                         *
            bienveillant, qui organise et harmonise la manifestation. Se                                          *  *
            donner à lui, c’est abdiquer la prétention du moi à pouvoir se               Une seule goutte de sirop suffit à troubler la transparence de
            soigner lui-même.                                                            l’eau pure et à en masquer le goût. Cela vous paraît-il entière-
                                                                                         ment transférable en ce qui concerne la quête du Soi ?
            Et que faire pour pouvoir y arriver efficacement, intelligem-                   La goutte de sirop ne masque l’eau pure que pour celui
            ment, sans se mentir, ni fuir ?                                              qui n’en connaît pas le goût. Pour celui qui connaît, par expé-
               L’écoute est guérisseuse. Elle objective les souffrances,                 rience, son goût, rien ne peut le masquer. Il sera toujours
            sans les nourrir. La souffrance est une réaction. Ce qui est                 reconnu, en arrière-plan de la manifestation.




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